« C’est par le pain partagé que nous nous sommes attachés à vous. C’est biblique, oui. Une bible des temps modernes qu’on n’évoque pas sans un rire bref, parce que c’est une chose bien dangereuse que le sacré et que, comme tous, nous le redoutons. Aux gens qui nous insultent parce que nous vous nourrissons, comme si vous étiez des pigeons, avec les mêmes reproches (la crasse, les maladies), il faudrait brandir le sacré du pain comme on agite l’ail au nez du vampire. »
Jane Sautière problématise et questionne le fait de parler, la possibilité de parler, elle délimite un espace à la fois littéraire et éthique résultant de la volonté de ne pas parler des exilé.e.s comme on pourrait parler de n’importe quel autre objet – et surtout de ne pas parler à leur place. Le texte est régulé par le désir de témoigner sans réduire, sans prétendre connaître, sans effacer la distance d’avec celle qui parle, qui écrit, et la singularité de ceux et celles dont il est question […] Le livre est un lieu de l’accueil, de l’écoute, du regard.
Appeler et requérir la vie, voilà ce à quoi on pense en lisant De la terre des pleurs un grand vent s’éleva […] Au-delà de la politique, au-delà de la morale, Jane Sautière nous ramène à notre condition humaine […] Dans un texte qui avance par petites touches, qui laisse la place au blanc et à la respiration, [elle] nous vrille le cœur tout en nous donnant envie de ne rien lâcher. Il y va de notre humaine condition.