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Visites de nuit
Ron Butlin

Traduit de l'anglais par Valérie Morlot

176 p. 17

ISBN : 2-915018-10-3


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Ron Butlin est l'un des écrivains écossais contemporains les plus talentueux, au même titre qu'un Alasdair Gray ou un Ian Banks mais méconnu car victime des aléas de maisons d'édition ayant fait faillite ou n'ayant pas pris le temps de défendre son travail. Grâce en particulier à Irvine Welsh, très actif dans la défense et la mise en avant de Le Son de ma voix, son oeuvre est aujourd'hui redécouverte.

A des époques différentes, Ron Butlin a été auteur de chansons dans un groupe pop, racleur de bernacles sur les barges de la tamise, valet de pied au service de différentes ambassades et hôtels particuliers, modèle masculin (au même collège que Sean Connery !) avant de se consacrer exclusivement à l'écriture. Sa poésie et sa prose sont traduites dans une douzaine de langues. Il vit à Edinbourg avec la Suissesse Regie Claire, son épouse, et leur chien.
Il est l'auteur également de Visites de nuit (roman), The Tilting Room (nouvelles), de six recueils de poésie, trois pièces de théâtre et quatre livrets d'opéra.

A la mort de son père, Malcolm glisse dans un monde d'illusions dans lequel ni peine ni amour n'ont de réalité. Sa tante préférée, chez qui il est amené à vivre avec sa mère, s'occupe d'un hospice. Elle est depuis longtemps prisonnière de ses propres rituels liés au deuil et qui confinent au fanatisme et à la terreur. Dans cette maison, qui n'est pour Malcolm qu'un immense NON, tous deux se retrouvent à vivre l'enfer d'une relation pervertie où douleur et désir sont entremêlés.
Le Son de ma voix (Prix Millepages 2004 du meilleur roman étranger, Prix Lucioles 2005) fouillait l'obscur où peu osent se rendre. Visites de nuit va au plus profond du tourment en dressant le portrait d'un préadolescent en quête de lumière, d'absolu. Un roman envoûtant, subtilement conçu par un maître du côté sombre de l'âme humaine.

« Descente au pays de l'étrange, dans l'âme endeuillée de Malcolm, un tout jeune adolescent. Le père vient de mourir. Il est recueilli par une tante, trop triste pour ne pas être mégère. Elle travaille dans un hospice, épie les corps décatis, renifle la mort à chaque porte. Comment grandir, croire en soi dans un tel lieu, avec de tels gens ? Ron Butlin joue sur la lenteur et la fulgurance, enroule son récit sur des dialogues âpres. Le mal de vivre de Malcolm, sa naïveté, ses folles espérances éclatent dans une lumière dérangeante. Prix Millepages pour son précédent livre (Le Son de ma voix, 2004), l'écrivain écossais installe une voix singulière.
Martine Laval, Télérama, 9-15 juilllet 2005

« Un roman tout simplement remarquable.»
François Reynaud, Page des Libraires, mars 2005

Découvert par Irvine Welsh, l'Ecossais récidive dans la noirceur des âmes.
Judith Steiner, les Inrockuptibles, 4-10 mai 2005, n° 492

« En quatre séquences Soir, Obscurité, Nuit, Matin , l'auteur décline une relation infernale et pervertie entre Malcolm et "tante Fiona". Douleur et désir s'y livrent un bras de fer où la face sombre de l'âme humaine est mise en scène de plume de maître. »
Patrice Palau, Le Dauphiné Libéré, 18 avril 2005


« L'écrivain écossais Ron Butlin a l'art de se tenir au plus près du détail où se noue l'intense de l'émotion ou de la souffrance.»
Par Richard Blin, Le Matricule des anges, juin 2005

Un an après la découverte de Ron Butlin grâce à Irvine Welsh et à la parution tardive du Son de ma voix, on plonge en apnée dans son nouveau roman, Visites de nuit, où l'écrivain dépasse le statut de révélation pour s'affirmer comme un des grands.
Delphine Heitz, Sofa, juin 2005


Quelques secondes avant de mourir, le père de Malcolm leva la tête de l'oreiller pour regarder la neige qui tombait dehors. Soufflés dans le coin supérieur de la fenêtre, des flocons épars s'y aplatissaient jusqu'à ce que, un à un, ils collent à la vitre. Il n'y avait plus de ciel, et plus de village. Le jardin lui-même disparaîtrait bientôt.
Trois mois avant, il serait parvenu jusqu'au ruisseau ; puis seulement jusqu'au champ de Robson. Puis les quelques mètres jusqu'au début de la route basse, tâtant le sol de sa canne et avec l'aide de Margaret. Quand il était enfant, l'univers grandissait chaque jour davantage. Désormais, il rétrécissait vers son point mort, de tous côtés. Vers lui.
Il avait rêvé à ce petit bateau, le minuscule yacht en métal que son père avait fabriqué pour lui plus de quarante ans auparavant. Sur le mur, juste face à lui, il y avait un tableau avec des cygnes volant au-dessus de l'étendue d'une rivière. Il avait rêvé être sur le yacht à dériver paisiblement au fil de l'eau. Depuis, il connaissait le paysage par cœur. Il pouvait à nouveau fermer les yeux et entendre le battement fort des ailes des cygnes au-dessus de lui. Fort et stable un moment, puis de plus en plus faible tandis qu'ils passaient au loin, traînant le silence derrière eux.

Il n'allait jamais les voir disparaître. Les arbres non plus, ni la ligne de collines basses ou la rivière elle-même. Il ne resta à la fin que le petit yacht venu s'échouer dans la paume de sa main.

22/10/06
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