Portrait-robot. Mon père / Portrait-robot. Ma mère de Christoph Meckel Traduit de l'allemand par Florence Tenenbaum-Eouzan et Béatrice Gonzalés-Vangell
248 pages.
20 euros ISBN : 978-2-915018-55-4
Christoph Meckel, né à Berlin en 1935, a fait des études de graphisme à Fribourg et Munich et vit actuellement entre Berlin et Fribourg. Il a remporté de nombreux prix pour l'ensemble de son uvre : le prix Rainer-Maria-Rilke (1979), le prix Georg-Trakl (1982) ou encore le prix Joseph-Breitbach (2003). Il est notamment l'auteur de Un inconnu : récit (Le Temps qu'il fait, 2007) et La Ville de cuivre (Gallimard, 1993).
Portrait-robot. Mon père « L'homme que je connaissais ou croyais connaître n' était qu'une part de cet autre que personne ne connaissait. »
Comment aimer un père « apolitique » - l'écrivain Eberhard Meckel (1907-1969) - finalement complice de l'idéologie nazie ? En exécutant sans faillir le portrait d'un être au fil du temps désemparé qui, entre romantisme, idéalisme et catholicisme, fut incapable d'assumer ses contradictions, Christophe Meckel pose aussi la question de l'héritage des pères aux fils après la chute du Troisième Reich.
Publiés pour la première fois en diptyque tel que l'imaginait son auteur à l'origine, ces deux récits, écrits à vingt ans d'intervalle, radiographient l'univers intime de l'Allemagne d'hier et le séisme mental auquel son peuple dut faire face.
« En parlant de son père, Christoph Meckel a su reconnaître le malaise allemand, donnant ainsi à son uvre quelque chose d'universel. » Die Zeit
Portrait-robot. Ma mère « Je n'ai pas aimé ma mère. »
Phrase tabou d'un fils qui déplore la froideur bourgeoise d'une mère au protestantisme prussien. Christoph Meckel dit son manque dans une langue sèche et cassante, reflet de celle qui était sans tendresse ni amour ; une femme prude, égoïste et arrogante dont la violence larvée le conduisit au désenchantement absolu.
Publiés pour la première fois en diptyque tel que l'imaginait son auteur à l'origine, ces deux récits, écrits à vingt ans d'intervalle, radiographient l'univers intime de l'Allemagne d'hier et le séisme mental auquel son peuple dut faire face.
« Un livre impitoyable. » Süddeutsche Zeitung
Petits arrangements avec le passé. Par Jean-Claude Lebrun, l'Humanité, 28 avril 2011
Des parents exemplaires.
Il y a [dans Portrait-robot. Ma mère] du Thomas Bernhard sous la plume de Christoph Meckel, comme il y a du Fassbinder dans Portrait-robot. Mon père. C'est dire la force de ces deux livres.
Par Christophe Kantcheff, Politis, 24 mars 2011
Par Nikola Delescluse, Paludes 585 (Radio Campus Lille), vendredi 4 février 2011
Visions d'une Allemagne Un livre puissant qui est aussi une impressionnante radiographie de la conscience allemande.
Par Bernard Quiriny, Trois couleurs (MK2), n°88, février 2011
Une paire d'amers (les portraits robots de Christoph Meckel)
La littérature, une fois de plus grâce à Meckel, montre combien sa trajectoire entretient un dialogue vibrant avec ce qu'on nomme, sans doute ludiquement, échec. Par Claro, Le Clavier cannibale (towardgrace.blogspot.com), 1er février 2011
Portrait-robot. Mon père Peu de choses chez lui allaient de soi. Il lui manquait la faculté d'improvisation, il lui manquait le désintéressement et la nonchalance. NATUREL, TOUT A FAIT NATUREL était une formule qui revenait souvent et SEREINEMENT, TOUT A FAIT SEREINEMENT était son idéal jamais atteint. Les failles de son être sous tension perpétuelle exigeaient que sa personne fût rassurée. Sa confiance en lui, perturbée depuis l'enfance, s'était effondrée après la guerre et était restaurée par la force - un processus renouvelé chaque jour - aux dépens de sa famille.
Comme il ne pouvait plus représenter l'autorité devant sa famille ; comme sa position patriarcale perdait toujours plus en crédibilité ; comme son besoin de dominer, depuis le début anachronique, était accueilli non pas avec gratitude mais avec rejet ; comme il persistait à toujours être ce chef de famille, l'homme, le seul, qui décide de tout dans la maison (ce qui ne lui servait à rien) ; comme il jouait ce rôle à fond sans se douter que ce n'était pas la famille qui avait besoin de lui mais lui de la famille et de sa docilité ; comme il n'avait aucune perception claire de lui-même, il cherchait son salut dans l'ersatz. Pour le restant de ses jours, il recourut à toutes les illusions disponibles. Afin de rester fidèle à l'image qu'il s'était forgée de lui-même, il mit en place une nouvelle identité qu'il consolida par des sentences, des maximes, des citations. Il fallait qu'il demeurât le noyau de la famille, bien qu'il n'en fût que la coquille fêlée. À tout prix ; et le prix fut si exorbitant que tout y fut sacrifié.
Portrait-robot. Ma mère Au début de la guerre, il était tout à fait charmant que l'enfant écrive quotidiennement des lettres à sa mère : M'aimes-tu ? Je t'aime aussi. Je t'aime. Toi aussi tu m'aimes ?
Le père était en Pologne, l'enfant était assis à la table, la mère lisait ou dormait dans sa chambre. Que l'enfant était affectueux, combien il avait besoin d'amour, comme c'était touchant et comme cela devint pesant.
J'étais assis à la table et je lui écrivais des messages avec les lettres de l'alphabet que je connaissais, griffonnées, peintes de plusieurs couleurs et je les glissais sous la porte de sa chambre. Je reproduisais des animaux et dessinais des maisons, je recopiais des vers et les lui donnait comme étant les miens. Déposés sur son assiette, dans ses chaussures, des petits mots cachés comme les ufs de Pâques, je priais qu'on me réponde, mais de réponse aucune. Ma mère était distraite et distante comme d'ordinaire. J'allais la voir et je lui posais directement la question.
Tu m'aimes ?
Oui, petit, et maintenant va dans le jardin.
Je t'aime.
Oui, petit, et maintenant mange ta pomme.
Elle n'emportait pas les lettres dans sa chambre. Elles gisaient des jours entiers partout dans la maison.