Mènis Koumandarèas, né en 1931, est considéré comme l'un des meilleurs prosateurs grecs vivants. Il est l'auteur de sept romans (Le Beau Capitaine, La Femme du métro, La Verrerie notamment), cinq recueils de nouvelles et deux volumes d'essais. Il a entre autres traduit McCullers et Fitzgerald, et reçu deux fois le Prix d'État pour le roman.
Pourquoi la hiérarchie militaire refuse-t-elle obstinément son avancement à ce jeune capitaine ? Pourquoi le vieux conseiller d'État chargé de défendre sa requête est-il à ce point fasciné par lui ? Quel nom donner aux sentiments qui agitent les deux hommes et à la relation qui se noue entre eux peu à peu - mais se nouera-t-elle vraiment ?
Voilà un roman tout en mystères. Il fait revivre avec précision la Grèce des années 60, nous introduit dans les coulisses de l'armée et du Conseil d'État, nous fait sentir la montée de l'horreur qui aboutira, en 1967, à la dictature des Colonels, mais par-delà le témoignage historique, il nous offre bien plus : une intrigue envoûtante en forme de lent cauchemar ; un héros lumineux, inoubliable ; une méditation sur tout ce qu'il y a de trouble et d'obscur en nous ; et le plus étrange des romans d'amour. Avec Le Beau Capitaine, Mènis Koumandarèas, l'un des grands romanciers grecs d'aujourd'hui, atteint en 1982 les mêmes sommets qu'avec La Femme du métro.
Capitaine de recours Par Marc Villemain, le Magazine des livres, n°33 décembre 2011-janvier 2012
Lorsque le narrateur, membre du conseil d'Etat grecque, reçoit le Beau capitaine pour une plainte administrative concernant son refus d'avancement, il est loin de se douter des suites et des méandres de cette affaire... Une plongée trouble dans l'univers militariste de la Grèce des années 60. Un classique du genre. Par librairie Atout-Livre (Paris 12e), 26 août 2011
Quel admirable récit sur la déchéance d'un beau jeune homme qui attend en vain une promotion méritée ! Ce roman nous offre aussi la rencontre de deux hommes enfermés dans un univers confiné et réglementé qui ne vivent qu'indirectement les troubles politiques de leur époque. A découvrir !
Par Marlène, FNAC Saint-Lazare (Paris), août 2011
Le jeune officier m'écoutait plein d'attention, les yeux braqués droit sur moi, à tel point qu'un instant je dus baisser les miens. Il émanait de son regard un rayonnement singulier, mélange d'innocence juvénile et de confiance en soi, qui aurait pu éventuellement passer pour de la morgue.
Je m'apprêtais à prendre congé de lui, le laissant dans les bras de notre Sénateur qui, sous sa perruque grise, avec son nez pointu - tel un oiseau exotique -, guettait au fond du bureau, lorsque l'officier, touchant la manche de mon veston, me dit à voix basse :
- Il vaudrait peut-être mieux que vous veniez avec moi.
Le ton de sa voix était si chaud, si convaincant que, m'ouvrant un chemin dans le dédale du greffe, je le laissai me suivre.
- Par ici, lui dis-je, me penchant au-dessus du Sénateur, mademoiselle Phòni va nous renseigner. Avez-vous apporté votre numéro d'enregistrement ?
Je m'attendais à ce que le jeune homme se mette à fouiller ses poches avant d'en tirer un papier tout froissé où il lirait malaisément les chiffres. Eh bien non. Lui, au contraire, donna le numéro de mémoire, d'une voix claire, tirant le Sénateur de son imposante léthargie. L'un des gratte-papier était resté le tampon en l'air, un autre l'observait tristement derrière ses dossiers. Tous étaient là, bouche bée, à le regarder.