Dans La Sortie au jour, Michel Karpinski autopsie sa douleur après la mort de sa compagne, pour pouvoir l'exorciser et renaître à la vie.
« Je ne suis pas contemporain de moi-même. » Cette phrase que prononce Michel Karpinski, dans un souffle d'excuse, reflète à la fois l'homme et l'écrivain. Né en 1949 et installé à Saint-Etienne, il a écrit beaucoup mais n'a publié que deux ouvrages, d'autant plus denses qu'ils constituent de véritables lâcher-prise pour ce timide extrême.
Le premier, c'était La Soif du domaine en 1982 chez Gallimard : l'histoire du suicide d'Ange Mitolowski, petit-fils de mineurs juifs polonais émigrés en France après qu'il eut violé et étranglé la jeune fille qu'il aimait. Le second est La Sortie au jour, paru il y a peu chez Quidam Éditeur. Une narration très autobiographique qui revendique la possibilité de la douleur, « le courage du pathos » (Barthes), après la mort dramatique de sa compagne neuf ans plus tôt. D'ombre et de lumière La Sortie au jour, c'est sous forme d'une confidence presque quotidienne, la re-naissance d'un homme dont la perte de la femme aimée a « fait un trou dans l'univers ». Du 7 janvier 1995 au 23 novembre 1996, Michel Karpinski ausculte la souffrance, y fait des points de saignée, cogne contre l'ombre qu'il est devenu. La beauté des mots étourdit tout autant que leur impitoyable vérité : « Le deuil se nourrit du deuil, comme le désir s'est nourri du désir ou plutôt, il poursuit sans espoir ce que le désir contenait déjà en lui-même, une image en mal d'incarnation. »
Ne pas juste vivre mais vivre juste, c'est en fait ce à quoi l'auteur nous invite au fil des 150 pages de cette vaste cosmogonie intérieure. Y descendre avec lui aux Enfers, c'est toucher au plus intime du cur des hommes pour sourire, enfin, « à la voix claire qui décrit un arc-en-lune, pétillante d'étoiles ». Un livre lumière. G. D.