Un roman qui ne quitte pas la mémoire

Tonka est une femme en colère, que le conflit serbo-croate a rendu comme elle le dit elle-même à moitié folle, c'est-à-dire surtout dans un état de rage contre la terre entière, contre ses proches, son mari, un peu falot et sans envergure, ses amies, dont sa meilleure, qui est aussi sa rivale sentimentale, son âge, la maladie, l'hypocrisie des relations humaines, les Amerloques et les talibans ! Cette rage nous est restituée à nous, lecteurs-auditeurs qu'elle interpelle directement, en vrac et par associations d'idées, dans des rafales de phrases courtes : il faut la suivre, Tonka, dans ses bifurcations et se exaspérations ! Mais quelle voix ! Celle d'une femme que la violence du monde a rendue violente à son tour, dure, sans concession envers elle-même et envers les autres, qui estime qu'elle a gagné le droit de tout "balancer", de dire les choses crûment. Tonka n'a pas de "bonnes manières" et ses pensées ne sont ni conformistes ni politiquement correctes. Elle dénonce l'absurdité de l'Histoire et la petitesse humaine, qui n'échappent pas au scalpel de son oeil et à sa lucidité. Elle n'a pas sa pareille pour disséquer les comportements, pointer les faux-semblants et l'insincérité. Tonka a souffert et se bat aussi contre les souvenirs... A la fin du roman, Tonka remet le son de la télé... Et le lecteur extrême-occidental, qui n'a pas connu de guerre sur son sol depuis soixante ans, et n'a accordé qu'une attention distraite et gênée à l'ex-Yougoslavie, se sent quelque peu mal à l'aise (désolé, mais ce roman a une toute autre force que le Pont de Ran-Mositar de Franck Pavloff). On ne peut le lire qu'à petite doses en se ménageant des pauses, mais il ne quitte pas la mémoire
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