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Il y a, dans les pages de ce beau roman […], les ombres de Jacques Chessex et du Cendrars de Moravagine.
Par Juan Asensio, Valeurs actuelles, n°3836, 3 juin 2010

Dans les ombres sylvestres de Jérôme Lafargue peut se lire comme une transposition aussi efficace qu'ambiguë su Santiago de Mike Resnick, roman de science-fiction qui décrit la poursuite haute en couleur d'un fauteur de troubles légendaire dont la tête a été mise à prix par les plus hautes autorités, désireuses de détruire ce symbole de résistance. L'homme qui le traquera puis le tuera deviendra finalement Santiago, fera sienne la mission magnifique et dangereuse du rebelle et parcourra l'Univers jusqu'à ce qu'un autre le tue et reprenne le flambeau. Jérôme Lafargue, dans son roman à cheval entre plusieurs genres, suit les traces d'Elebotham Gueudespin, aventurier au passé louche, peut-être meurtrier, puissant sorcier quoi qu'il en soit qui fera d'un village perdu, Cluquet, un lieu maléfique dont les pouvoirs publics se méfieront. C'est l'arrière-petit-fils d'Elebotham, Audric Gueudespin, un jeune homme hanté par la perte de la gradeur du passé et de l'impossibilité d'en déchiffrer l'énigme, qui raconte les histoires de son illustre et fascinant ancêtre, tout en enquêtant sur l'existence d'une mystérieuse conjuration qui, au travers des siècles, dresse haut l'exigence de justice face aux puissants. Il y a, dans les pages de ce beau roman magnifiant la puissance d'une nature s'accordant à la folie des hommes, les ombres de Jacques Chessex et du Cendrars de Moravagine, deux écrivains qui mélangent avec un art consommé données historiques et inventions purement littéraires. La violence sacrée que Jérôme Lafargue évoque dans sa dimension incompréhensible et fascinante semble, elle, emprunter ses caractéristiques au Conrad d'Au cœur des ténèbres tout autant qu'à Cormac McCarthy.
Juan Asensio

8/06/10
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