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Lithium pour Médée
Kate Braverman
(traduit de l'américain par Françoise Marel)

272 pages, 22 €

ISBN : 2-915018-15-4

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© Felver 2005
Kate Braverman est née à Los Angeles. Militante politique active dans les années 60 à Berkeley, elle a commencé à écrire et publier au cours des années 70. Elle est membre du Venice Poetry Workshop et professeur de creative writing à la California State University. Elle a également enseigné l'écriture à UCLA. Elle vit à San Francisco.
Kate Braverman est l'auteur, outre Lithium pour Médée, de trois autres romans (The Incantation of Frida K., Palm Latitudes et Wonders of The West), deux recueils de nouvelles (Small Craft Warnings, Squandering the Blue) et quatre de poésie (Postcards from August, Hurricane Warnings, Lullaby for Sinners, Milkrun). Kate Braverman a été primée plusieurs fois: The O. Henry Award, The Carver Prize, The Mississippi Review Prize and The Isherwood Fellowship.

De son enfance entre une mère narcissique, immature et un père, joueur invétéré qui, après avoir survécu à un premier cancer, passe désormais son temps à cultiver son jardin, Rose a gardé les déchirements. Tout juste adulte, elle s'efforce de survivre à ses histoires d'amour lamentables ou malsaines. D'un bref mariage pitoyable avec un demeuré mystique à sa relation avec un artiste cocaïnomane et manipulateur, elle glisse sur la pente qui mène sa jeunesse à la misère et au dégoût de soi.
Lithium pour Médée dresse l'état des lieux de la dépendance : drogues, sexe sans amour, liens familiaux ; addictions, solitudes, désastres. Attachement indéfectible au père, rivalité avec la mère, mimétisme de l'inconscient. En une incantation vibratoire et littéralement hallucinante, Kate Braverman plonge son lecteur au cœur d'une tragédie banale : la famille éclatée. Et offre de suivre le parcours intrépide et intransigeant d'une jeune femme qui veut viscéralement être elle-même, au risque de se perdre.
Rick Moody l'affirme : Lithium pour Médée est « une œuvre travaillée par des émotions qui bouleversent. »

Une prose trépidante, par moments quasi épileptique, sarabandée et extraordinairement poétique. Un texte qui a quelque chose de radicalement neuf et qui possède un rare pouvoir d'envoûtement.
Par Bénédicte Heim, Livres-addict (http://www.livres-addict.fr/), février 2011


«Entre ses amours lamentables et ses parents azimutés, Rose essaye de se frayer une voie dans la vie. Dans un Los Angeles irréel et crépusculaire, la cocaïne semble être sa seule consolation. Portrait de la désillusion hyppie dans la ville-décor par ecellence, le roman est servi par un style fulgurant et une lucidité décapante.»
Quentin Schoëvaërt-Brossault, librairie Atout Livre

Rose n'aime pas beaucoup, et s'intéresse peu : elle souffre. Pour son père, rongé par un cancer ; face à sa mère égoïste, à son mari qui regarde Star Trek en chaussettes ou à son amant manipulateur… Lithium pour Médée n'est pas un livre tendre. Son écriture violente, sèche, précise, utilise toute une palette de couleurs : le rouge et le jaune d'un coucher de soleil sur les canaux de Venice, Californie. Le gris de l'agonie dans une chambre d'hôpital. Le blanc de la cocaïne. Le noir, enfin ; un noir éblouissant qui ne laissera pas le lecteur indemne.
Librairie Georges, Talence

Paru il y a vingt-cinq ans aux Etats-Unis, Lithium pour Médée révèle l'insolent talent de Kate Braverman.
Par Florence Cottin, sitartmag.com, juillet 2006


Roman avec Cocaïne
Par Nicolas Blondeau, Livre & Lire n° 219, décembre 2006

Dans la seringue de Braverman
Par Philippe Garnier, Libération, 18 mai 2006


Inventaire des dépendances
Par Camille Decisier, le Matricule des anges (n°73), mai 2006

Ce livre m'a bouleversée.
Par Florence Larchevêque, Librairie Le Verger des Muses, Corbeil-Essonnes



Dans un grand plasticage sensoriel et formel, Braverman invente le poème tragique moderne.
Par Aude Walker, Technikart, mai 2006

Requiem
Par Baptiste Liger, Lire, mai 2006

Magnifique, ce livre l'est par la justesse inouïe de sa langue,
par Agnès Léglise,
Rock & Folk, mai 2006

« Perdue dans la Cité des anges (Los Angeles), "la ville du dieu Téléphone", un "monde blanc, constitué d'autres cercles plus restreints qui conduisent à un ultime centre blanc encore plus parfait", Rose dérive depuis trop longtemps. Le tableau est terrible, réaliste. Sous la plume de Kate Braverman, le sentiment tragique de la vie laisse un goût amer. »
Alexandre Fillon, Livres-Hebdo n° 640

« Lithium pour Médée montre une puissance et une intensité que l'on ne voit pas souvent, si ce n'est dans le rock and roll. »
Greil Marcus, Rolling Stone

« Les dialogues de Braverman sont d'une cruauté parfaite, son style un staccato intrépide et implacable d'exactitude : féroce, scintillant et intransigeant. »
Arkansas Gazette


« Kate Braverman possède une voix incantatoire magique et cette capacité à écrire une grande tragédie. »
The New York Times

« Le Lithium pour Médée de Kate Braverman est nerveux, cinétique et définitivement très puissant ; un ouvrage au profond ressenti par un très talenteux jeune écrivain. »
Joan Didion


Tout requiert explication : Nom. Âge. Confession sexuelle. Profession. Incarnation. Statut marital. Dépendances. Arrestations passées (casier judiciaire).
Un bruit.
De l'eau.
Je faisais couler un bain. Le plaisir d'être liquide. Je n'avais plus de peau. Poisson qui miroite, fines écailles et ouïes délicatement dessinées. Je connaissais le doux chemin des profondeurs. Je pouvais me réfugier sous cette masse bleue. Porter en relief une crête d'écume sur le dos, comme une sorte d'arête dorsale. Manger tout ce que je voulais et respirer sous l'eau.
Mon attirail était soigneusement disposé sur le sol. Coton et alcool à portée de main. J'avais réduit la cocaïne en une fine poudre blanche. Ma cuillère était en équilibre sur le rebord de la baignoire, à côté de ma seringue, c'est alors que le téléphone a sonné.
« Il faut que je te parle. »
La voix était froide, tranchante, précise. Difficile de la reconnaître. D'ordinaire, ma mère demande à sa secrétaire de m'appeler. Et bien sûr, Francine a tant de voix différentes, plaintive et distante un jour, mielleuse et insultante l'autre. Il y a la voix pour l'épuisement, la gorge rugueuse d'un trop de café et de tabac à la fin des réunions budgétaires. Et puis, le chuchotement tout de prudence qu'elle utilise lorsqu'elle n'est pas seule.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Mon cœur cognait.
Ma vie était un assemblage de mondes parallèles. Chaque monde avait ses règles et ses personnalités distinctes. Chimie, mathématiques et histoire n'étaient pas semblables. Les éléments de base, évolution et développement, étaient tout aussi complexes et différents que la vie dans un monde de carbone diffère de celle dans un monde de méthane. Mes mondes parallèles étaient vastes, harmonieux, et clairement définis. Leurs atmosphères respectives étaient mortelles en cas de contact. Aucun point de rencontre possible.
« C'est ton père, » a dit Francine. Elle a laissé la phrase en suspend pendant de longues minutes. « Il est malade. » Nouvelle pause. « Il rentre à l'hôpital ce matin. »
« Cancer ? » La seringue encore en main, j'ai baissé l'aiguille.
« Dans le mille », a dit Francine. « Et mauvais avec ça. »
Mes pieds mouillés ont touché le sol. Je n'ai pris que la seringue et l'ai rangée au fond de mon sac à main. Je sentais que j'allais en avoir besoin.
J'ai roulé en direction de Beverly Hills et pris vers le Nord par Sunset Boulevard. Quelque chose de suffocant, sec et douloureux s'est emparé de moi. Le monde entier semblait avoir été badigeonné à la peinture blanche.
La maison de ma mère est très blanche. Elle est construite dans la pure tradition espagnole, autour d'une cour intérieure aux carreaux orange. Nichée sur le flanc d'une colline, sa longue terrasse en brique rouge, à l'arrière, au ras de la montagne. Francine a acheté cette maison l'année de son divorce d'avec mon père.
« Tu as vu tout ce que j'ai fait ? » a-t-elle demandé.
C'était ma première visite dans sa nouvelle maison, la visite officielle. Francine portait un déshabillé en soie couleur pêche. Elle bruissait de tous ses pas, s'arrêtant ici ou s'arrêtant là pour me montrer une à une les particularités de sa maison. Ma mère a toujours eu d'énormes dispositions pour les détails et fait preuve d'une grande attention envers eux. Elle est également dotée d'une excellente mémoire. Je l'ai suivie en silence à travers les pièces recouvertes de moquette épaisse.
« Tu auras remarqué l'aménagement, l'utilisation créative de l'espace. Une seule chambre. » Francine me fixait. Les autres chambres avaient été transformées en un bureau, une véranda et en une pièce lambrissée abritant un billard.
Je comprenais. À sa façon, Francine laissait entendre que sa maison n'avait rien d'un foyer. Plus question de famille. Les seuls invités prévus par Francine dormiraient dans son lit.
« J'ai tout fait moi-même. » Sa voix, de plus en plus aiguë, s'approchait de la zone privée et risquée.
Francine me montrait des portes aux voûtes subtiles, des fenêtres arrondies qu'une équipe spéciale venait faire briller chaque semaine. J'ai regardé les fenêtres. Elles étaient larges et étincelantes. Derrière elles, l'air était d'un bleu pâle sans exigence.
« J'ai tout fait toute seule. Tu sais qui a habité ici ? Zsa Zsa Gabor. Elliot Gould. Howard Hughes logeait ses starlettes ici-même. » Francine a agrippé mon poignet. Elle a approché son visage très près du mien. Ses yeux d'ambre étaient immenses et immobiles.
« Tu veux savoir pourquoi je te raconte tout cela ? Pour que tu sois fière de moi. »
11/03/11
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