Blessures, non-dits, silences
Par Blandine Longre, Sitartmag.com, mai 2007

L'Homme de bois, paru en 2002, était déjà un roman déroutant, bref mais intense ; La Veilleuse, sans appartenir à la même veine, prend lui aussi des détours inattendus en retraçant les parcours croisés et/ou parallèles de quelques solitaires qui se cherchent, en quête d'un sens à donner à leur vie et d'un rôle à remplir. Ainsi, on fait la connaissance d'Etienne, ancien perchiste, gardien au Centre Pompidou, écrivant à la grand-mère qui l'a élevé, morte depuis trente ans… Des lettres qui arriveront (premier détour) chez la petite Louise, 12 ans, qui vit avec sa mère Sylvaine, la «veilleuse», ancienne ouvrière qui confiera bientôt Louise à Etienne. D'autres êtres les marquent, comme Samira, trop vite partie, ou Olessa, que Louise accueillera généreusement. Mais au-delà de ces existences en apparence paisibles, circulent, au cœur du texte, les blessures, les non-dits et les silences qui forment une trame subtile, parallèlement aux itinéraires intimes et «désorientés» des personnages, qui tous ont un lien très fort à l'écriture, à la mise en mots ou en scène du monde. Un monde dont ils s'accommodent, faute de mieux, mais qu'ils parviennent néanmoins à modeler de temps à autre à leur image.
Blandine Longre