Une fuite en avant Un cadre écossais, marié et père de famille, sombre peu à peu dans l'alcoolisme, persuadé que personne ne le remarque. Un véritable chef-d'uvre. Par Nicolas Rey, VSD, 22-28 août 2007
C'est chez Quidam Éditeur et franchement, si je devais m'en aller pour de bon avec quelques livres, Le Son de ma voix ferait partie de ceux-là. Parce qu'il y a toute ma vie à l'intérieur et même un peu de la vôtre. L'histoire ? Celle d'une fuite. La plus banale, la plus facile, la plus moche et la plus belle qui soit. Celle de Blondin et de Bukowski. Une fuite en vente libre. Celle de tant d'anonymes, de tant de camarades croisés dans une clinique ou en fin de soirée. Une fuite qui détruit tout, à commencer par le foie et par vos proches.
Dans Le Son de ma voix, notre homme est en voie de décomposition. Il tente encore de faire bonne figure, malgré tout. Morris Magellan est cadre dans une biscuiterie en Écosse. Il est alcoolique. Il n'est pas viré. On ne peut pas le réduire à cela. Il vit avec une femme qui l'aime. Il a deux enfants. Il tente de tenir le coup. Naïvement, il pense que personne ne se doute de quoi que ce soit. Alors que l'on sait, dans ces cas-là. Au pub, à midi, il transpire à l'idée de trouver, face à son collègue, un prétexte pour commander un second litre de bière. Il est convaincu que son assistante est dingue de sa personne puisque les alcooliques sont comme les enfants : ils tombent amoureux toutes les trente secondes.
Le jour où son père est mort, il a bu son verre de vodka comme on boit un verre d'eau. C'est un livre plein de fièvre où l'étau se resserrre. Un bijou noir qui pourrait mal finir. C'est l'histoire d'un gosse perdu dans un terrain vague malgré son bureau chic, sa cravate et son mini-bar. Morris Magellan compose tant bien que mal, et bien sûr, le mal gagne du terrain. Ce roman est un texte intense dans lequel un noyé n'ose plus appeler les secours. Mentir ? Après le mensonge, il y a quoi ? Après une histoire d'amour, il y a quoi ?
«Il arrivait, chaque fois que tu tombais amoureux, que l'effort d'aimer déclenchât en toi l'énergie pour tout tenir ensemble un peu plus longtemps. Mais après plusieurs mois ou années, quand les choses commençaient à se fissurer à nouveau, tu tombais amoureux de quelqu'un d'autre . Une nouvelle énergie se libérait et, pendant un temps, ton monde et toi étiez sauvés une fois de plus.»
Si vous venez de lire cet extrait, il m'est inutile de vous dire à quel point ce roman est un chef-d'uvre de la littérature mondiale. Nicolas Rey