L'étranger
Par Anne-Sohie Demonchy, le Magazine des livres, n°12 octobre-novembre 2008
Xavier a 33 ans. Il mène une vie solitaire. Sa vie est pétrifiée véritablement : pas d'amis, pas vraiment d'envies. Il observe les gens, essaie de les comprendre, de se mettre à leur place
Mais en ce qui le concerne, il est incapable d'être au monde, de participer à sa marche. Il demeure, malgré lui, «proche de tout, et pourtant indiciblement loin à la fois.»
Dans ce premier roman de Nils Trede, la Vie pétrifiée, le narrateur est un homme étranger au monde, angoissé par le tourbillon des êtres qui s'agitent autour de lui. Pourtant, Xavier est fortement occupé : il vit sur deux îles, situées dans une même ville, et exerce deux professions radicalement différentes. Il tient un restaurant d'un côté, il est médecin de police de l'autre. Mais ces deux métiers ne le passionnent pas. Dans son restaurant, il a l'impression d'être sous la coupe de sa mère, gravement malade, et de ne pas contrôler ce qu'il fait. Au poste de police, il ne trouve pas d'intérêt à ce qu'il fait : il signe des certificats, ne pose que les questions obligatoires pour établir un bilan et s'en tient là. Cette activité le rend encore plus étranger au monde : «Avec le temps, je me suis habitué à tout. Mais pas aux agents. Ils m'ont marqué. Ont laissé en moi une sorte de plaie qui ne guérit pas. Au moment où j'ai compris leur manière de faire, cette trahison de routine, quelque chose en moi s'est mis en désordre, au plus profond de moi et, depuis, je porte cette plaie. Je me retire de plus en plus dans un espace vague en moi.»
Un soir, au restaurant, il recontre un couple. La jeune femme lui semble si belle, si gracieuse, qu'il a l'impression qu'elle est la femme qu'il recherche tant. Il décide de la retrouver, et d'entrer dans sa vie.
Le lecteur suit le narrateur dans ses divagations et ses moments d'angoisse. Xavier éprouve des sensations troubles qu'il est incapable d'exprimer verbalement. Il décrit ses actions froidement, observe les autres mais demeure dans une incompréhension absolue qui étonne son entourage et le maintient plus encore à l'écart. Pas d'analyse psychologique ici. On reste en surface, à la limite du fantastique. Le rythme lent de ce court roman maintient le lecteur dans cette atmosphère onirique et oppressante.
Anne-Sophie Demonchy