Ce glissement hors de la réalité habituelle que Romain Verger maîtrise à merveille
Par Jacques Morin, Décharge, n°138.

J'avais été enthousiasmé par son précédent roman : Zones sensibles. Le tout récent Grande Ourse est une autre réussite. Se situer de suite dans un univers fantastique avec ce glissement hors de la réalité habituelle que Romain Verger maîtrise à merveille. Il sait prendre un phénomène, assez ordinaire à la base, et le mener à saturation de telle manière qu'on ne perçoit aucune exagération. Ainsi ses personnages sont-ils extrêmes ainsi que les situations toujours poussées à terme. C'est un premier aspect de son écriture, mais chaque événement est décrit avec un style précis et captivant qui fait qu'on est littéralement pris dans le récit, aussi incroyable soit-il. Son imagination est telle qu'on a de cesse d'aller au bout de l'histoire, et ici, on est servi, puisque le livre est composé de deux pans totalement indépendants, et si l'on quitte la première partie avec regret, c'est pour mieux tomber sur la seconde, dans laquelle on repart de plus belle. Au bout du compte, les deux morceaux qu'on pensait autonomes s'assemblent dans l'imaginaire comme tenon et mortaise. Que ce soit personnage préhistorique proche de l'animal, ou moderne près du monstre, l'œil relie les antagonismes dans la force de leur instinct et la puissance de leurs désirs. La grande ourse est la constellation glaciaire, et le livre s'achève dans une mémoire lactée.