Il faut saluer comme il se doit l'ambition de Constellation, celle d'un roman «politique», genre inexistant dans la littérature française d'aujourd'hui.
Par Bernard Quiriny, Chronicart, n° 45, mai 2008

A priori, difficile de trouver un sujet moins sexy que la construction européenne. Et pourtant, dès qu'on y réfléchit, on se rend compte de ce qu'il y a de romanesque : l'Europe, c'est la question de l'origine, celle de l'espace, des frontières, de l'histoire, de la guerre, du pouvoir, des langues et, finalement, d'un des grands échecs de l'histoire occidentale moderne. C'est à ces questions que s'attaque Alain Lacroix (né en 1971, déjà lu dans Pylône) dans ce remarquable premier roman : à travers une poignée de personnages de pouvoir (lobbies, think-tanks, bureaucratie de Bruxelles), il explore le mythe européen sous tous ces aspects, ausculte ses errements et son absence de projet («Europa glisse progressivement vers une logique anti-historique, un rôle de pure Cassandre, de modérateur mondial, de super-Scandinavie. Elle ne revendique aucune vision politique sinon celle du “plus jamais ça”»), imagine des stratégies de recomposition.
En résulte un livre passionnant, mélange délibérément mal battu de fiction et d'essai, truffé d'intuitions géopolitiques et de beaux morceaux de littérature (les tableaux du Benelux et de l'Allemagne, splendides). On pense lointainement au Dans la foule de Mauvignier, l'un des rares romans à avoir abordé, sur un autre registre, le thème de l'Europe comme projet politique. Malgré ses nombreux défauts, dans la conception (un parti-pris de «théorisme» qui empêche les personnages de s'incarner, un assemblage très confus) comme dans le style (l'usage compulsif du tiret, sans parler, pour l'édition, d'un nombre incalculable de coquilles), il faut saluer comme il se doit l'ambition de Constellation, celle d'un roman «politique», genre inexistant dans la littérature française d'aujourd'hui.
Bernard Quiriny