Lacroix et la bannière européenne
Alain Lacroix signe un premier roman ambitieux et original.
Par Nicolas Blondeau, Livre & Lire, n°231, avril 2008

Constellation, le premier livre d'Alain Lacroix, surprend d'abord par sa forme. Elle est extrêmement complexe, faisant alterner les monologues intérieurs ou les dialogues d'une demi-douzaine de protagonistes, tout en ménageant de longs apartés au cours desquels l'auteur semble reprendre la parole, apporter un éclairage objectif, une perspective historique, géographique, sur l'action en cours. De surcroît, ce récit éclaté, qui dessine une sorte de mosaïque, ménage de nombreux sauts dans le temps, même s'il se passe essentiellement à notre époque.
Mais à cette ambition, bien tenue, qui vise à créer un concert de voix, dissonantes ou semblables, s'en mêle une autre, qui concerne davantage le fond, le sujet même de l'ouvrage. Il s'agit pour Alain Lacroix de décrire ces quelques organismes du pouvoir qui gravitent comme des comètes (ou, bien sûr, des «constellations») autour d'une entité centrale, jamais nommée, mais que l'on peut identifier comme étant le Parlement européen. A travers la trajectoire de ses personnages, l'écrivain montre «les grands corps constitués de la société : cette néo-aristocratie en train de prendre les choses en main» ou encore ceux qui habitent «les entrailles du Moloch technocratique». On peut donc également trouver une réflexion politique éclairante dans l'étude que fait Alain Lacroix d'un de ces groupes politico-économiques très influents, sans que soient pour autant négligées les relations de pouvoir, d'amitié ou de sexe qui lient les personnages.
Le regard aigu de l'auteur sur ces hommes et ces femmes en mal de repères, sa hauteur de vue, qui lui fait embrasser l'histoire de plusieurs nations, la finesse de ses analyses, font oublier les maladresses d'expression et les coquilles hélas trop nombreuses dans ce premier roman.
Nicolas Blondeau