L'Ami Butler prouve de belle manière le pouvoir carnivore de la littérature
Par Alexandre Fillon, Madame Figaro, 22 décembre 2007
Maître des illusions, Jérôme Lafargue entre en littérature avec un volume pour le moins singulier. Grand type maigre à la barbe sauvage et à la blondeur fatiguée, son héros, Johan Lunoilis, reçoit le coup de téléphone d'un capitaine de gendarmerie lui annonçant la disparition de son frère jumeau, Timon. Homme d'écrit, celui-ci a publié quatre romans historiques dont l'un a reçu un prix six ans plus tôt. Les jumeaux ne se voyaient plus depuis plusieurs mois. Apprenant la nouvelle, Johan se rend néanmoins dans la paisible ville de Riemech, où Timon et son épouse, Olanda, atteinte d'un cancer, avaient élu domicile après leur départ de Paris. Délaissant sa veine historique, Timon avait choisi de s'occuper du factice - le Front autonome qui cherche et trouve d'imginaires et curieux écrivains -, étrange association dont il était le fondateur, le président et l'unique membre. Plus curieux encore : Timon avait entrepris la rédaction de biographies d'écrivains imaginaires. Or l'un d'entre eux, Owen W. Butler (1861-1902), s'est un jour matérialisé devant lui !
Puzzle brillant dont le lecteur n'a de cesse d'asssembler toutes les pièces, l'Ami Butler prouve de belle manière le pouvoir carnivore de la littérature.
Alexandre Fillon