« L'Ami Butler », entre réalisme et fiction autour de la création littéraire
Par Michel Mahler, Sud-Ouest, 12 janvier 2008
C'est déjà un beau commencement de carrière d'écrivain. Jérôme Lafargue, maître de conférence en sciences politiques à l'Université de Pau et des pays de l'Adour, signe un premier roman, « L'Ami Butler », qui s'est distingué dans le flot de titres - pas moins de 700 livres parus lors de la dernière rentrée littéraire !
Le livre de ce Landais de Dax, bientôt quadra, a été consacré par le prix Initiales 2007, sans marketing médiatique mais avec le moteur de reconnaissance le plus efficace qui soit : le bouche-à-oreille, puisque près de 2 500 exemplaires s'étaient vendus fin 2007.
L'intrigue. Et puis il y a l'histoire. Celle, talentueuse, d'un amour fraternel entre deux jumeaux. Timor rédige des biographies d'écrivains imaginaires et va parvenir par ce biais-là à sauver sa femme, frappée d'une incurable maladie. Johan, son double contrarié, part à la recherche du frère et de son épouse, tous deux mystérieusement disparus après que Owen W. Butler, l'une des créatures factices de Timor, a fait une surprenante et inquiétante intrusion dans le monde bien réel de son créateur.
Entre réalisme et imaginaire débridé, « L'Ami Butler » plonge ses racines fécondes au cur de la littérature sud-américaine (Borges, Vargas Losa). Au bout d'une intrigue prenante, le romancier impose sa « patte », mêlant inventivité, érudition et richesse du verbe sur le thème de la prolifération littéraire.
Le grand mérite de Jérôme Lafargue est de s'être affranchi de cette tutelle de haute lignée pour emprunter son propre chemin. Durant deux ans et demi, l'universitaire palois s'est transformé en scrupuleux défricheur d'histoires, tissant la trame d'un roman imaginé séquence après séquence, au fil de longues promenades que ce père de famille de trois enfants affectionne tant.
« Du plaisir chez le lecteur ». Et d'abord au travers de textes narratifs publiés sur le site littéraire Du Beau Monde qui ont attiré l'attention de Quidam éditeur et que l'on retrouve de loin en loin dans L'Ami Butler. Toutes ces biographies imaginaires lui ont servi « à donner un sens à la création de l'écriture ». L'auteur a également voulu témoigner sur la puissance littéraire : ses travers (la difficulté dans l'écriture, le plagiat, les problèmes d'éthique), « mais aussi tout ce que la littérature peut créer de plaisir chez le lecteur », dit-il.
Au résultat, une uvre de fiction à l'intrigue d'une habile facture, dont l'architecture audacieuse dispute à la souplesse du style et à l'indéniable sûreté de plume.
« Je prends mon temps ». Nommé en septembre 2007 à l'Institut français de recherche en Afrique (Ifra) à Nairobi au Kenya, Jérôme Lafargue n'en poursuit pas moins son parcours en écriture. Ses activités universitaires lui permettent d'observer la situation politique de l'Afrique de l'Est, minée par une violence endémique. Le chercheur s'imprègne aussi de cette nouvelle expérience professionnelle pour nourrir son deuxième roman. Peu disert, c'est sa nature, Jérôme Lafargue confie cependant que le roman en chantier s'inspirera des paysages familiers de ses Landes natales et des sortilèges de la savane africaine. « Je n'écris pas de façon linéaire, je prends mon temps ». L'ami lecteur patientera aussi.
Michel Mahler