Le premier roman de Jerôme Lafargue nous entraine dans un voyage vers le monde enfiévré des écrivains et de la littérature.
Par newsocrate, 16/10/07, www.buta-connection.net

L'histoire, c'est celle de Johan Lunoilis qui est réquisitionné sur les lieux de disparition de son frère jumeau Timon. Ce dernier, romancier de renom qui a décidé de se retirer avec sa femme souffrante, Ilanda, dans une ville mystérieusement lumineuse, entourée de plaines grisâtres, nommée Riemech, pour entreprendre la biographie d'écrivains imaginaires. Or, le couple vient de disparaître sans raison apparente. Malgré tout, le bureau abandonné de Timon va se révéler être une mine d'informations pour comprendre sa démarche créatrice et sa vie.Johan, en tant que frère jumeau de Timon, s'avère donc être le mieux placé pour la déchiffrer.
D'emblée, on est séduit par le style subtil et imaginatif de l'auteur, qui se révèle remarquable dans les différents registres de ce roman. En effet, la variété est de mise puisque si l'enquête de Timon est vécue au présent, les clés de l'histoire sont les œuvres qu'a laissées en vrac son frère jumeau, son journal et ses biographies, essentiellement. C'est par l'une d'entre elles que débute ce livre. Il est question d'une certaine Maria Sombrano, une Chilienne qui n'est jamais parvenue qu'à créer de vaines ébauches, quelques prémices d'œuvre sans réussir à les poursuivre outre mesure. Son état s'étant empiré, certains écrivains célèbres Sud-Américains lui ont alors rendu visite pour donner vie à ces débuts d'histoires balbutiantes. À travers cet art, qui s'apparente à la maieutique littéraire évoquée par Socrate, l'état de santé de cette femme s'est améliorée de façon bien insaisissable.
On comprend dès le début que le sujet de ce prologue n'est pas innocent pour le moins du monde. Lafargue évoque à travers Timon et ses oeuvres la magie, la puissance créatrice, le thème du double,de la possession et de la falsification. Il semble cerner au mieux la psychologie et la passion d'un écrivain qui ne vit que par la création littéraire et ce qui tourne autour, un être quasi-fou pour le commun des mortels. La réflexion s'impose. Après tout, la création artistique ne peut-elle pas prendre le pas sur la vie elle-même ? Une chose est sûre, après ce fabuleux livre,vous ne verrez plus les personnages des romans que vous lisez de la même façon. Le grand talent de Lafargue, c'est aussi de savoir faire plâner le doute sur la réalité, et ce jusqu'aux toutes dernières lignes. D'ailleurs à ce titre, ce roman recèle des trouvailles merveilleuses qui méritent de ne pas être dévoilées. Ce que je peux vous dire, c'est que c'est l'une des œuvres les plus passionnantes qu'il m'a été donnée de lire et quand on sait qu'il s'agit d'une première, on ne peut être qu'impatient de découvrir la suite.