Un imaginatif nourri de Borges
Librairie Mollat, rentrée littéraire 2007

700 romans et au milieu quelques inconnus absolus qui signent leur premier livre ! 700 romans et de grandes chances de laisser passer une perle, une voix originale, un talent prometteur…Quidam est une jeune maison qui se paie le luxe de ne pas faire de concessions, faisant des incursions dans le domaine allemand à faire pâlir les « grandes » maisons. Avec L'Ami Butler, c'est moins un de ces stylistes auxquels nous a habitués l'éditeur qu'un imaginatif nourri de Borges et de ces fictions qui jouent avec la fiction que l'on nous propose. Une intrigue complexe, plusieurs niveaux narratifs, un effacement du réel au profit de l'imaginaire, c'est le menu de ce roman très habilement construit (mais qui aurait mérité une petite couche supplémentaire pour en gommer les scories ou imperfections de jeunesse). Au départ, deux jumeaux, l'un évanoui dans la nature, l'autre convoqué par les gendarmes pour éclaircir ce départ sans explication. Le premier est un écrivain à succès qui s'est retiré du monde pour accompagner sa compagne souffrante et se consacre désormais à la rédaction de biographies d'écrivains imaginaires. Le second supporte plutôt difficilement le poids d'une rupture brutale avec son jumeau. L'histoire se corse quand l'écrivain fait la connaissance d'une de ses propres créatures, Owen W. Butler, incarné sans prévenir et premier dérèglement dans une réalité jusqu'alors maîtrisé. On n'essaiera pas de résumer une histoire dont la complexité fait tout le sel. On réclamera juste au futur lecteur sa curiosité et une envie de se laisser surprendre par les ressorts d'une intrigue riche et souvent excitante. Mention spéciale enfin à la petite nouvelle qui ouvre le livre et qui est un bijou.