Né à Vechta en 1940, Rolf Dieter Brinkmann quitte le lycée en 1958, entreprend une formation d'employé administratif auprès du ministère des Finances d'Oldenburg, qu'il arrête au bout de quelques semaines. En 1959 il débute comme apprenti-libraire dans une librairie d'Essen. Il fait la connaissance de Maleen Kramer qui deviendra sa femme. Déménagement à Cologne en 1962 où il résidera jusqu'à sa mort. Reprise des études à l'Ecole Normale. Naissance de son fils Robert en 1964. Rolf Dieter Brinkman décide de vivre de sa plume à partir de 1966. Il meurt le 23 avril 1975 à Londres, renversé par une voiture, alors qu'il venait tout juste de participer à un colloque sur la poésie à Cambridge.
Parution posthume en 1979 de Rome, Regards.
Octobre 1972 - janvier 1973 : Rolf Dieter Brinkmann (1940-1975) séjourne à Rome, à la Villa Massimo, pendant allemand de la Villa Médicis. Il en revient avec trois cahiers dans lesquels il a engrangé ses impressions, sa correspondance amicale ou pas, les lettres envoyées à Maleen, sa compagne. Il y consigne son voyage, la découverte de cet endroit destiné à la « création artistique », ses démêlés avec les occupants, ses rencontres avec les autochtones, ses lectures, les difficultés matérielles constantes, ses interrogations multiples. Il prend des photos, réalise des collages, déambule dans Rome, cette ville de vestiges qui impose son passé alors qu'en lui vocifèrent colère et désolation.
Avec une impétuosité généreuse et hirsute de rebelle misanthrope, Brinkmann livre dans Rome, regards sa pensée au travail et son combat avec les mots pour faire exploser la langue de l'intérieur. Chronique des jours à Rome et chez les hommes, ces regards collages arrivent enfin jusqu'à nous.
« Sans doute le seul génie de la littérature ouest-allemande d'après-guerre. » Heiner Müller
Rome autrement
Par Valérie Da Costa , Mouvement n° 50, janvier-mars 2009
Rome, ville défaite La volonté de percevoir le monde, sans concession à l'époque, tel est l'enjeu de l'extraordinaire objet littéraire inventé par Brinkmann.
Par Sophie Deltin, le Matricule des anges, n°99, janvier 2009
Avec toute ma rage
Par René Fugler, les Dernières Nouvelles d'Alsace, 11-01-09 Enregistrer le monde
Par Hélène Thiérard, Documents, revue du dialogue franco allemand, n° 37, décembre 2008
«C'est un livre étrange, un très curieux objet. Brinkmann - écrivain, poète et traducteur - a une façon de tout noter de manière compulsive, obsessionnelle, magma.» Arnaud Laporte, Tout arrive, France Culture, 24 novembre 2008
«C'est un témoignage d'époque, un objet littéraire, et aussi un document plaisant ( ) une constance à travers le livre : le rejet de l'artifice, le côté fastidieux qu'on lui prête est parfaitement contestable ( ) c'est une résurrection d'une partie de la littérature allemande oubliée.» Daniel Martin, critique littéraire à Tout arrive,France Culture, 24 novembre 2008
Une frénésie d'écriture Poète d'avant-garde (situons-le approximativement entre « beat » et « pop », Rolf Dieter Brinkmann meurt bêtement d'un accident en 1975, à 35 ans. Lors d'un sjour à la Villa Massimo à Rome, et à la Casa Bali à Olevano (équivalents allemands de la Villa Médicis), se tournant vers la prose - il avait déjà publié un roman et des nouvelles -, il avait entrepris de tout enregistrer de ce qu'il voyait, ce qui donne cet énorme et passionnant journal, souvent pléthorique : notations et descriptions, lettres à sa compagne restée en Allemagne ou à des amis, suites de cartes postales avec textes maunuscrits au dos, photos personnelles, cartes routières et itinéraires, dont un éditeur a le courage de publier une visiblement excellente traduction française qui devrait retenir l'attention. par Pierre Pachet, la Quinzaine littéraire n°979, 1/11/08
« Un livre-événement, un de ces objets improbables dans une vie de lecteur
[...] un livre total, tragique [...] un livre culte. »
Marianne Alphant Critique aux Mardis littéraires, France Culture, 4/11/08.
Rolf, regards
Par Fausto Maijstral, table-rase.blogspot.com le 16 octobre 2008
Rome au présent
Par Jean-Maurice de Montremy, Livres-Hebdo, 10 octobre 2008
« Quelle densité ce Brinkmann, et quel rythme infernal ! Son hypersensibilité à tout, au moindre signe (en cela proche effectivement de Schmidt). Et cette mélancolie, et cet influx nerveux de la vie qui parcourt l'encre comme une électricité. Rien à voir avec personne, même avec Burroughs, malgré les cut up et le tempo du diable. C'est donc une forte découverte. » Louis Watt-Owen, la Main de singe, septembre 2008
[ ] cohue et tumulte sauvages dans des artères poussiéreuses, mais le ciel est très haut et limpide et les couchers de soleil flamboyants à cause de la proximité de la mer, des Américaines à l'instar des faux billets de cinquante, puant le parfum, piaillent à l'aise, on les trouve partout, comme les Allemands, des yeux à fleur de tête rougeaude et bien en chair à la descente des cars de tourisme, des bus bourrés de retraités allemands, de diabétiques, de malades de l'estomac, de rentières qui ont mal aux jambes, le regard médusé à travers les vitres, des vieillards de jardinets bourlinguent en Sight-Seeing-Tour à bord des cars, les yeux écarquillés, des marchands ambulants proposent des briquets de pacotille et des cartes postales, dimanche après-midi, alors que je faisais ma première promenade et regardais les maisons carrées, délabrées, peintes en sang- de-buf ou jaune sale, je me disais : je marche dans un rêve effondré et au même instant mon pied écrasa une merde de chien, quelques pas plus loin [ ]