Romantiques d'Annette Mingels Traduit de l'allemand par Martine Rémon 224 pages.
20 euros ISBN : 978-2-915018-32-5
Annette Mingels est née en 1971 à Cologne et vit à Zürich. Elle a étudié la germanistique, la linguistique, la sociologie et soutenu une thèse sur Dürrenmatt et Kierkegaard. Chargée de cours à l'université de Fribourg, elle est également journaliste et écrivain.
Elle a publié trois romans : Puppenglück (2003), Die Liebe der Matrosen (2005) et Der aufrechte Gang (2006). Romantiques (2007) a connu un grand succès en Allemagne.
Des gens se rencontrent ou se séparent, se languissent ou finissent par s'insupporter, se trompent ou s'arrangent de relations triangulaires. Le quotidien, pourrait-on dire, mais l'apparente banalité telle que la raconte Annette Mingels, avec une parfaite finesse psychologique, porte parfois le trouble, la destruction ou l'inavouable au cur de ce qui ferait croire au bonheur. En seize nouvelles dont deux se font l'écho d'histoires réelles tourmentées - les amours de James Joyce et Nora Barnacle et celles d'Isadora Duncan et du poète russe Sergueï Essenine -, Romantiques entrelace désirs et amours impossibles, euphorie et ravages, secrets et mensonges, désarroi et perte du sens du réel, petits arrangements enfin, avec soi et les autres.
Minés
Par Feint, critiqueslibres.com le 1 avril 2009
« L'art d'Annette Mingels consiste à dire le moins possible tout en laissant entendre le plus possible, même dans les amours extrêmement compliquées. [ ] Ces histoires ne laissent personne indifférent. » Hajo Steinert, Die Welt
« Annette Mingels a ce don de nous raconter de vieilles histoires familières comme si elles étaient inédites. » Volker Hage, Der Spiegel
Voilà comment ce fut, dit-elle, et elle épingle une mèche défaite dans la couronne de ses cheveux tressés. Un homme et une femme. Elle a un sourire pour sa fille, qui est calme, épuisée par les dernières semaines de folie où elle s'était mordu le bras jusqu'au sang, où, à moitié nue, elle s'asseyait sur les genoux d'inconnus, où elle avait peint sa chambre en noir et tenu tête au psychiatre, le gros Suisse matérialiste, fait-elle, et elle gonfle ses joues. Ce n'est qu'un répit, pas une délivrance, mère et médecin le savent. Qu'est-ce qu'il fiche sous la terre, cet idiot ? avait-elle demandé. Quand est-ce qu'il se décidera à remonter enfin de là ? Maintenant, elle insiste : raconte l'histoire encore une fois, une dernière fois. Elle mendie comme une gamine et sa mère répond : que veux-tu que je te raconte ? Elle songe à l'une de ses premières lettres : par les pouvoirs apostoliques que m'a conférés sa Sainteté le Pape Pie X, je t'autorise à venir sans culotte. Elle regarde sa fille, distraite. Il n'y avait pas grand mal à cela, finit-elle par dire. J'ai dit oui, oui, je le veux. Oui.