quidam editeur

R.A.S Infirmière-Chef
B.S.Johnson

Traduit de l'anglais par Françoise Marel

208 p. 20

ISBN : 2-915018-02-2



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Fils d'un magasinier et d'une barmaid, Bryan Stanley Johnson est né le 5 février 1933 à Hammersmith et, à l'exception de la guerre durant laquelle il a été évacué, a vécu à Londres presque toute sa vie. Marié à Virginia Ann Kimpton, il est le père de deux enfants.

Ses autres romans sont Travelling People (pour lequel il a obtenu le Gregory Award en 1962), Albert Angelo (1964), Trawl (prix Somerset Maugham en 1967), The Unfortunates (1969), R.A.S. Infirmière-Chef  (House Mother Normal, 1971) et See The Old Lady Decently Buried (1975), publié posthumément. Outre deux volumes de poésie, il est aussi l'auteur de nouvelles et de pièces de théâtre. Il a également travaillé pour la télévision et le cinéma.

B.S. Johnson s'est suicidé le 13 novembre 1973


Cinquième roman de B.S. Johnson et considéré, dès sa sortie, comme l'un de ses chefs-d'oeuvre, R.A.S. Infirmière-Chef  (House Mother Normal, 1971) est dans sa forme et par son sujet hors norme. A travers le cerveau de huit vieillards, chapeautés par une infirmière-chef despotique et sensée incarner la normalité, le texte met en scène l'indignité de la vieillesse et l'irrésistible décomposition des corps et parfois des esprits. Avec humour, précision, compassion et violence, il plonge le lecteur, grâce à l'inventivité de son auteur, dans un univers à la fois poignant, désopilant et sombre comme l'humour anglais le plus noir. Chaque séquence narrative , le monologue intérieur d'un pensionnaire de l'hospice, suit la même chronologie, non seulement page par page, mais aussi ligne par ligne.

Le résultat est un livre à l'effet multidimensionnel brillant, qui s'affirme comme un digne héritier des oeuvres de Laurence Sterne, James Joyce et Samuel Beckett.


La fin de vie n'est plus ce qu'elle était, par Paul Desalmand

" Un texte ahurissant [...] Un livre polyphonique d'une fabuleuse richesse formelle [...] doublé d'un éclat de rire provocateur à la face de la déliquescence du corps et de l'esprit. L'écriture est merveilleusement inventive, l'humour férocement noir. "
Bernard Quiriny, Chronicart

Dans la lignée de Joyce et de Beckett, la rumination lente et soliloquée des pensionnaires d'une maison de retraite. Féroce et hilarant B. S. Johnson, qui se suicida en 1973.
Par Richard Blin, le Matricule des anges

" Un livre aussi conceptuel qu'excitant : une tentative de mise en mots du mental de huit vieillards condamnés à crever à l'hospice. " 
Nelly Kaprièlian, les Inrockuptibles

" Chaque monologue fait l'objet d'un travail sur la forme, déstructurée, animée d'une méchanceté poétique. "
 Libération

" Il s'agit là non seulement d'un livre extrêmement jouissif, mais aussi d'un hallucinant tour de passe-passe littéraire. [... ] Jouant avec la mise en page et la cohérence des propos, l'auteur transcrit avec une folle habileté le désordre intérieur (pour ne pas dire plus) des protagonistes... Irrésistible."
Baptiste Liger, Technikart

« Nous n'hésitons pas à situer Bryan Stanley Johnson dans la lignée de Pérec, Queneau, Joyce ou Beckett : chez lui comme chez eux, un exercice court et formel va éclairer et justifier une œuvre plus dense et travaillée. »
Lorent Corbeel, Indications, la Revue des romans, Belgique, mars 2005


Soliloque d’Infirmière-Chef

Ils sont nourris, ce sont mes amis. A mon avis, ça leur suffit.
Vous n'êtes point de mon avis ?               Certains ne sont même pas capables de faire la différence entre la viande et le pain –non, je sais, ce n'est pas une raison pour leur supprimer la viande. Un régime équilibré est essentiel à la santé des personnes âgées. Je le sais bien. Je sais ce qui bon pour eux. Je suis une Infirmière-Chef qualifiée. N'ai-je point été l'élève de Frau Holstein de la Maison de Bâle ?
Ah ! Les belles journées d'été dans les pentes du Moron, et les balades le long de la rivière, en compagnie de cette femme d'une telle bonté, d'une telle bonté.
Oui, faites-moi confiance, mes amis, je sais de quoi je parle en matière de régime alimentaire et de gestion efficace d'une....... Non ! Vous n'aurez pas plus de viande, espèce de vieille vache vorace. ! Quelle impudence ! Qu'est-ce qu'elle va encore nous inventer ? Je lis en elle comme dans un livre- elle en a après la viande de Ron, un appétit d'oiseau, ce Ron, la baguette aura raison d'elle. Non! C'est tois coups pour les voleurs, Mrs Ridge, un ! deux ! trois ! Et voilà ! Ca vous apprendra, Mrs Ridge !
Il faut les traiter comme des enfants, car ce sont des enfants, n'ai-je point raison ?
     C'est une seconde enfance pour eux, absolument, n'ai-je point raison ?
                  Oh, n'allez surtout pas penser que je cherche à me justifier ! Psychologiquement, je n'en ressens aucun besoin, mes amis, vraiment aucun. Ne vous laissez point duper, car ce serait un pêché, voire même un crime.

Allez maintenant, finissez bien gentiment comme les gentils bambins que vous êtes. Tous les plaisirs de notre Soirée Divertissement hebdomadaire n'attendent plus que vous
                   Il sont si beaux, parviennent à conserver un peu de beauté, à en acquérir même. J'utilise ce mot sciemment. Même la vieille Stanton, à sa façon, avec sa barbe.              Dépêchons-nous maintenant ! Hop hop hop.
Tous à rêvasser, ils se rappellent les temps jadis bien plus facilement qu'ils ne se souviennent de se changer, ou de demander à l'être. Ils admirent le passé, encensent le passé : qu'ils n'espèrent point dans ce cas être traités autrement qu'ils l'auraient été à l'hospice d'autrefois ? Ah, faites-moi confiance, mes amis, cet aspect de la vie moderne, au moins, ils savent l'apprécier, et pour rien au monde ils ne voudraient retrouver le bon vieil hospice d'antan !             Oh mon Dieu, non, non !
                 N'est-ce point là un paradoxe bien déplaisant ?
                    Institution charitable sans doute, le terme est sans doute bien choisi, mais
nous sommes à mille lieues de ce que l'on appelait jadis un hospice, c'est comme si l'on comparait mon Ralphie à un

              dingo.

      Ca suffit maintenant ! Débarrassez ! Plus vite !Du calme, s'il vous plait, c'est pas un tripot ici ! Où est-ce que vous vous croyez ?       Du calme !
                                     Au moins,
pas de vaisselle à faire avec ces assiettes en carton.
Je refile tout aux cochons, pour le blé. Faut voir si je peux obtenir plus de ce porc de Berry, ha, même s'il ne s'en tire pas mal avec moi d'une façon ou d'une autre, en plus du petit coup occasionnel. Je le fournit en pâtée trois étoiles pour ses cochons, les cochons ça aime le carton, j'en suis sûre. Un cochon, ça mange n'importe quoi, à ce qu'on dit. Aucune plainte, en tout cas, et c'est tout bon pour- Espèce de sale vieille....personne !
                Quel gâchis, l'a tout renversé !
Vous pensies peut-être donner à manger à Ralphie, c'est ça ? Je peux vous assurer que Ralphie ne s'y risquerait même pas, pas après vous !     Il n'a droit qu'à la meilleure des viandes pour chien, deux boites par jour, deux grandes boites, de surcroit.              Viens-là mon chéri, Ralphie, est-ce qu'ils ont essayé de te faire toucher à cette bouillie, Ralphie ?
          Là, là.                      Sens-moi ces muscles,
comme il les bande.                                Cinq fois de suite !                          Quel chien!
                Mrs Bowen, je pense que nous allons veillerà ce que ce soit la dernière fois, nous sommes bien d'accord ?
Allez maintenant !         Le dernier qui débarrasse est une tapette !          Faut vraiment que je vois avec le bureau pour plus de personnel. Plus possible de gérer cet endroit avec juste une cuisinière à temps partiel. Et je refuse de cuisiner une nouvelle fois parce que madame est en congégueule de bois ou maladie. Il faudra bien qu'ils me donnent du personnel, faudra bien.
                   Bien, nous avons enfin nettoyé notre petit gâchis, alors il est grand temps de passer à notre Chanson-Maison.             Que dis-je, notre Hymne-Maison!
                   Nous sommes prêts, à présent ?              Tous ensemble alors, et que personne ne se défile surtout, même vous au Deuxième Balcon,
            un,
                     deux,
                                 trois!

Les plaisirs de la vie sont toujours grands
A quatre-vingt comme à cent ans
Avec entrain restez toujours
Et acclamez ce nouveau jour
Abandonnez avenir, passé
L'important c'est votre liberté
Les plaisirs de la vie sont aussi grands
A quatre-vingt comme à cent ans


Mais oui, mais oui, c'est important
Baisons à mort, baisons encore
Laissons nuages à l'horizon,
Tant qu'en action demeure mon con
CarJe suis source de sagesse et d'effroi
Quelle chance pour moi d'être encore là !
Mais oui, mais oui, c'est important
Encore, encore, baisons à mort




              Quelle merveilleuse chanson tout de même !

22/10/06
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