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La Version de Nelly
Eva Figes

(traduit de l'anglais par Françoise Marel)

272 pages, 22 €

ISBN : 2-915018-14-6

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Eva Figes est née à Berlin et s'est réfugiée en Angleterre avec toute sa famille en 1939, juste avant que n'éclate la Deuxième Guerre mondiale. Depuis, elle y vit. Elle est l'auteur de dix romans dont Days, Walking, Light (Lumière) et Ghosts (Spectres). Dans la Version de Nelly, roman subtil et ironique, d'une logique imparable, elle traite d'une façon nouvelle toute la question de ce qu'est l'identité.

Lorsque Nelly signe le registre de son arrivée dans un hôtel étrange, elle est convaincue de démarrer une nouvelle vie. Elle s’est si bien débarrassée de l’ancienne - un possible mari, un fils éventuel - qu’elle ne se souvient de rien, pas même de son nom. Mais a-t-elle vraiment tout oublié ? A quel prix ? Et que penser de cette valise pleine de billets qui semble lui appartenir ? Avec le sentiment d’un détachement absolu, Nelly s’en va à la découverte de ce qui l’entoure. Comme dans un rêve éveillé, le monde lui est à la fois totalement étranger et très familier, parfois prégnant jusque dans les moindres détails. Nelly s’acommode de cette identité chancelante, qui lui procure un sentiment de liberté inattendue et lui offre un regard singulier sur le monde... Mais le monde est-il prêt à supporter le regard qu’elle porte ? Et la liberté de Nelly n’est-elle pas l’illusion même ?

Un subtil thriller mental, raconté sur le mode d'un journal intime très détaché.
Par Raphaëlle Leyris, les Inrockuptibles, 8 mars 2006

Un jeu autour du je, Sitartmag.com
« Où allais-je donc ainsi, et dans quel but ? Avais-je au moins eu l’intention d’aller quelque part ? et sinon, pourquoi ? Etait-ce une erreur ? » Face à un passé gommé et un futur inimaginable, le présent de Nelly, la narratrice de ce singulier roman, se résume à un immense point d’interrogation. Ne sachant ni qui elle est, ni pourquoi elle se retrouve à l’hôtel dans une petite ville lambda, elle raconte par le menu son étrange quotidien – des inconnus semblent très bien la connaître, revendiquant des liens affectifs surprenants, un inspecteur de police s’intéresse de près à son cas, le hasard voulant que ses promenades l’impliquent dans des crimes ou délits incroyables, le livre qu’elle emprunte à la bibliothèque retrace très précisément ce qu’elle est en train de vivre… et puis, il y a cette femme dans le miroir, ce reflet qui lui fait horreur… Entre rêve et cauchemar, amnésie et schizophrénie, La Version de Nelly tient le lecteur en haleine de bout en bout. Un jeu autour du je, subtil et totalement décalé !
F. C. (mars 2006)


"La Version de Nelly est l'haletante quête d'identité dans laquelle une femme va se lancer afin de recouvrer une identité psychique fuyante. Avec ce roman délicieusement schizophrène, Eva Figes oblige son lecteur à une réflexion sur la liberté indivuelle qui fait froid dans le dos." [...]
François Reynaud, Page des libraires


« Dans ce cinquième roman, Eva Figes traite de la folie dans ce qu’elle a de plus perturbant. Avec une cadence et une ironie hautaine qui sont les qualités mêmes du thriller anglais. »
Village Voice


« Plus drôle que tout ce que Eva Figes a pu écrire auparavant, l’écriture retranscrit avec exactitude, fermeté mais aussi compassion les états les plus chancelants de l’esprit de Nelly. » The Times « Lucide et ingénieux... Un roman saisissant et captivant, construit avec brio. »
Eric Korn, Times Literary Supplement.


Tout à fait remarquable... Ce roman subtil et ironique traite d’une façon nouvelle toute la question de de ce qu’est l’identité. » Irish Independent « La manière déconcertante et intelligente avec laquelle Mrs Figes évoque la folie a parfaitement saisi la logique d’un esprit malade. »
Gillian Somerville-Large, Irish Times


Il regardait ma main glisser le long de la page alors que j'écrivais un faux nom et une fausse adresse sur le registre de l'hôtel. J'admirais mon sang-froid : je l'avais vu faire dans tellement de films, et voilà que c'était mon tour. Pas si compliqué finalement. Je m'observais, debout aux pieds de l'escalier, et admirais le calme dont je faisais preuve, la façon dont je me tenais là, détendue, confiante, peu sensible aux regards scrutateurs. Le porteur arriva pour me conduire à ma chambre, et je le suivis dans les escaliers recouverts de moquette, tout en approuvant ma progression : tête droite, assurance digne, nul faux pas. De toute évidence, j'avais une longue pratique d'hôtels autrement plus impressionnants.

Le vieil homme en uniforme ouvrit une porte et se mit de côté pour me laisser entrer avant de déposer la valise sur le support prévu à cet effet. C'était une chambre double, assez spacieuse, qui donnait sur un espace à l'arrière du bâtiment. Je vis de la pelouse et une rangée de grands arbres à travers la fenêtre. Le porteur, toujours planté au milieu de la pièce, me regardait. Je crus détecter une lueur d'approbation dans ses yeux chassieux et vieillissants, dans son léger sourire qui révélait une dentition qui n'avait plus rien de naturel. Je ne pouvais vraiment pas lui en vouloir, et m'efforçai de le lui faire comprendre en lui retournant un sourire gracieux accompagné d'un pourboire dans le creux de la main. Le pauvre vieux confirma le plaisir que je ressentais moi-même en ma présence. Quand il me remercia, je sentis que c'était autant pour ma présence, souffle d'air frais, parfum de beauté printanière, que pour le pourboire accordé.
« Lorsque Mr. Dean arrivera, je le ferai monter, n'est-ce pas ? »
Je l'observai, debout près de la porte, encore à attendre, silhouette rabougrie, crâne dégarni parsemé de rares cheveux gris. Les années l'avaient voûté à jamais, et qu'il se baisse ou non ne faisait plus aucune différence. De quoi parlait donc ce type ? Qui diable était ce Mr. Dean ? Un instant perdue, telle une actrice ayant oublié son texte, je parvins à dissimuler mon trouble d'une manière qui n'avait rien à envier à un premier rôle.
« Mr. Dean ? » repris-je lentement, faisant mine de réfléchir, pour gagner du temps. Puis, tout devint clair. J'avais donné le nom de Dean à la réception. J'avais aussi demandé une chambre double, ajoutant que mon mari me rejoindrait plus tard. Sur le moment, je m'étais sentie obligé de fournir cette information. Mon instinct, ou était-ce l'expression de l'homme derrière le bureau, m'avait suggéré que mon arrivée, seule et sans réservation, lèverait toute interrogation à partir du moment où je cessais d''être que moi-même, par moi-même, et devenait une femme mariée dans l'ombre planante et protectrice d'un mari mythique qui viendrait la rejoindre sous peu. Je sus que mon instinct ne s'était pas fourvoyé lorsque je vis la question se dissoudre dans le visage sombre du directeur et se changer en sourire poli. Maintenant, face au portier qui attendait une réponse, j'espérais sincèrement que les lois du hasard n'allaient pas conduire les pas d'un Mr. Dean insoupçonné jusqu'à la porte de ma chambre. Cela pourrait être assez embarrassant.

« Merci, répondis-je. Mais… » C'était le rôle de ma vie. Chaque réplique allait de soi. « …Je n'attends pas de Mr. Dean avant un jour ou deux. J'attends un coup de téléphone. »

22/10/06
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