Moo Pak de Gabriel Josipovici Traduit de l'anglais par Bernard Hoepffner 192 pages.
20 euros ISBN : 978-2-915018-57-8
Romancier, dramaturge et critique contemporain britannique, Gabriel Josipovici est né en 1940. Son uvre, traduite dans la majeure partie de l'Europe, comprend notamment une douzaine de romans et trois recueils de nouvelles. Ses écrits ont souvent attiré l'attention de la critique, en particulier pour leur caractère innovant et « expérimental ». Il a reçu le prix Somerset Maugham en 1975.
Au cours de leurs marches incessantes à travers parcs et rues de Londres, Jack Toledano raconte à son ami Damien Anderson qu'il travaille depuis des années sur Moo Pak, magnum opus perpétuellement inachevé, dont il échoue à produire ne serait-ce qu'une ligne. Un paradoxe qui n'est que l'une des nombreuses ironies de ce roman dont le thème central est le langage lui-même, symboliquement exprimé au travers de Moor Park, manoir qui au fil du temps a abrité Jonathan Swift, un asile d'aliénés, un centre de décodage durant la Deuxième Guerre mondiale, un institut dédié à l'étude du langage chez les primates et, pour finir, une école où un jeune illettré s'efforce d'écrire « l'istoir de Moo Pak ».
Monologue d'un seul paragraphe et palimpseste virtuose, Moo Pak passe en revue les thèmes qui ont préoccupé Gabriel Josipovici ces vingt-cinq dernières années. Un livre conduit avec brio, légèreté et fluidité.
Les propos de Jack Toledano sont aussi désenchantés qu'envoûtants et, en terminant Moo Pak, le lecteur saura à quel point Damien Anderson a raison : « Il n'y a rien de mieux que d'aller se promener avec Jack Toledano. » Par Eric Bonnargent, la Presse littéraire, n°1, juin 2011
Une curieuse flânerie londonienne qui se lit d'une traite mais se médite longuement. Par Géraldine Chognard, librairie Le Comptoir des mots (Paris 20e)
Lorsque Borges était très vieux, il est venu à Londres, me dit-il alors qu'un jour nous nous promenions dans Kew Gardens, au printemps dernier, et il a répondu aux questions du public de l'ICA. Les questions devaient être rédigées et soumises à l'avance de telle sorte qu'elles puissent être lues à Borges et qu'il puisse décider quelles étaient celles auxquelles il voulait répondre. Une des questions était pourquoi il n'écrivait jamais sur les femmes et si c'était parce qu'il ne pensait jamais à elles. Au contraire, a répondu Borges, il pensait tout le temps aux femmes, en fait il écrivait, dit-il, afin de s'empêcher de penser à elles. C'est pour cela qu'un crayon ou un traitement de texte ne sert à rien, me dit Jack Toledano ce jour-là à Hampstead Heath, avec un stylo ou un crayon on ne peut échapper à soi-même et à ses fantasmes et pourquoi donc écrit-on sinon pour échapper à la prison du moi et à ses banalités ? Les crayons sont pour les romanciers de l'époque victorienne, dit-il, et les traitements de texte sont pour les postmodernistes espiègles. Mais quoi que je sois, je suis certainement un moderniste, je ne suis ni un victorien sentimental qui déverse ses fantasmes en les emballant dans des intrigues absurdes et mélodramatiques, ni un postmoderniste sentimental et cynique qui tente de donner l'impression qu'il n'a pas de sentiments mais désire seulement jouer avec toutes les traditions, impressionner ses pairs, satisfaire le nabab d'éditeur qui lui a octroyé une avance ridicule et qui veut vraiment beaucoup faire toutes ces choses mais qui veut aussi évidemment écrire un livre grâce auquel le monde entier l'aimera et le couronnera de laurier.