L'Ombre des montagnes de Marie Frering 120 pages. 13 euros ISBN : 978-2-915018-42-4
Marie Frering est née en 1960. Elle vit à Strasbourg. Son parcours est plutôt celui d'une audodidacte. Comédienne au théâtre puis metteur en scène, réalisatrice radio (France Culture, Radio Suisse Romande, Radio France), elle travaillera trois ans dans l'humanitaire pendant la guerre en Bosnie et dans la reconstruction économique après-guerre. Ses activités aujourd'hui concernent l'écriture et la dramaturgie pour des films documentaires. Elle a collaboré à la Main de singe (1995, 2004) ainsi qu'à la Polygraphe. Elle est l'auteur de Désirée et de L'Ombre des montagnes et a traduit Le Livre d'Amba Besarion de Besik Kharanaouli.
Il y a peu de moments où nous vivons vraiment au présent, généralement nous y sommes projetés par des événements heureux ou malheureux, et pour une courte durée. Pendant la guerre, c'est un présent qui dure, amputé d'avenir et éloigné de son passé. Et ce présent rend fou.
À Sarajevo, on peut encore aujourd'hui voir un graffiti qui a été conservé : Ovjde niko nije normalan (Ici personne n'est normal).
La peur, les rêves, les prémonitions, les chants, la difficulté d'évaluer le degré de danger et de sécurité, ceux qui gardent la foi en la beauté, voilà ce qu'illustre chaque séquence avec une force que les images ont perdue. Par Richard Blin, Le Matricule des anges, avril 2010
Interview de Marie Frering, Entre les lignes (RSR - Espace 2), 18 mars 2010 Ecouter l'émission
Rose de Sarajevo
Par François Monti, Fric Frac Club, 15 mars 2010
Ecouter l'émission
Par Nikola Delescluse, Paludes 553, 12 mars 2010
« La guerre n'est pas finie lorsqu'elle est finie. » Marie Frering ne veut rien démontrer : elle montre. Non pas pour exposer mais pour poser les choses. Telles qu'elles sont. Avec gravité et sans, pour autant, omettre le côté grotesque et grinçant qui peut apparaître dès que l'on retourne le tragique. Par Jacques Josse, Remue.net, 27 février 2010
« C'est un très fort bouquin. Entre le grotesque et l'humain. Frering est le Brueghel de Sarajevo. » John Berger
« Il sort de chez lui pour aller au front. À quelques pas de sa porte une balle perce son menton. C'est un jeune naïf, fier d'être soldat, qui marche la tête haute. Nous ne nous laisserons pas faire comme ça !
La balle reste logée là, dans l'os du menton. La langue est épargnée de quelques millimètres. Il croit sentir la balle dans sa bouche.
Le souffle des explosions déplace les parois internes des corps. Oh, un très très léger déplacement. Si léger qu'il n'est pas mesurable. Mais l'architecture intime et intérieure ne connaît plus ses repères.
Parois soufflées, ou légèrement disjointes, cours des veines légèrement dévié, alvéoles distendues, spasmes de la paroi stomacale, sphincters affaiblis, léger décollement de la plèvre, tissus chauffés par les décharges d'adrénaline, petites lésions très fines à l'intérieur de la boîte crânienne. »