quidam editeur

Enrico Metz rentre chez lui
de Claudio Piersanti
Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli
212 pages. 20 euros
ISBN : 978-2-915018-25-7
En librairie le 15 mars 2008

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Après Luisa et le Silence (1997, prix Viareggio) et Le Pendu (2000), Claudio Piersanti nous livre son roman le plus achevé. Dans Luisa et le Silence, il suivait le parcours d’une femme, dans ses derniers mois de vie ; dans Le Pendu, il mettait en scène, de manière métaphorique et parfois grinçante, une Italie prise au piège, entre mensonge et décomposition. Ici, il dépeint une province grise où règnent les petites ambitions et les querelles de clocher ; il fait vivre sans les caricaturer, chose qu’aucun romancier n’a faite avant lui, les années-Tangentopoli et les puissants de la finance (“Les entreprises sont pleines de violences et d’humiliations. Elles l’avaient pressé comme un citron toute sa vie, et à son tour, il avait pressé les autres comme des citrons”) et évoque, à travers la figure imposante de Marani, qui finira par se suicider, un personnage à la Raul Gardini.

Le dernier roman de Claudio Piersanti raconte l'histoire d'Enrico Metz, avocat de renom qui, à un moment donné, voit s'écrouler le pouvoir et les affaires qu'il partageait avec un homme ingénieux, Marani, englouti dans un naufrage financier “destiné à être cité durant des décennies dans les manuels d'économie du monde entier”. Cherchant le calme après la tempête, Metz quitte Milan pour se réinstaller dans sa ville natale. Il ne s'agit pas, pour lui, de retrouver ses concitoyens, “même si les regarder l'amusait beaucoup”, mais de “retrouver les vieux remparts, l'odeur de l'air, les puissantes poutres de chêne qui soutenaient le portique du marché, (...) les ciels gris et rose plus vastes que tous les autres ciels qu'il connaissait”. Metz entame alors une métamorphose paisible, servie par la prose méticuleuse, sobre, silencieuse, de Piersanti. A mesure que le temps qui lui reste se rétrécit, Metz sélectionne, trie : il refuse de participer à la vie politique locale, suscitant les rancœurs et les jalousies des notables de la petite ville (“Ici, tout doit être petit : petite ville, petite bourgeoisie, petite industrie...”). Il accorde plus de temps à sa nouvelle secrétaire, puis à sa femme qui vient le rejoindre, et à ses enfants ; il médite sur l'exemple d'un voisin, le vieux Diodato, qui passe ses journées à couper les branches, puis les réduit en morceaux et les transforme en engrais. A la manière d'un Oblomov, il “entre en clandestinité” et, contre la vie qui presse de toutes parts, choisit le détachement, l'honnête dissimulation, la lenteur. Il passera la fin de son existence à jouer aux cartes, à cultiver des fleurs, à parler en rêve à la jeune Eléonora, qui part à Milan au devant de la vie, alors que Metz suit la voie inverse... Au fond, peut-être Metz est-il rentré pour retrouver une perception exacte du temps biologique et, qui sait, mourir en paix ?
Après Luisa et le Silence (1997, prix Viareggio) et Le Pendu (2000), Claudio Piersanti nous livre son roman le plus achevé. Dans Luisa et le Silence, il suivait le parcours d'une femme, dans ses derniers mois de vie ; dans Le Pendu, il mettait en scène, de manière métaphorique et parfois grinçante, une Italie prise au piège, entre mensonge et décomposition. Ici, il dépeint une province grise où règnent les petites ambitions et les querelles de clocher ; il fait vivre sans les caricaturer, chose qu'aucun romancier n'a faite avant lui, les années-Tangentopoli et les puissants de la finance (“Les entreprises sont pleines de violences et d'humiliations. Elles l'avaient pressé comme un citron toute sa vie, et à son tour, il avait pressé les autres comme des citrons”) et évoque, à travers la figure imposante de Marani, qui finira par se suicider, un personnage à la Raul Gardini.
Si l'on simplifiait, on pourrait dire de ce livre qu'il nous raconte l'histoire d'un homme génial qui a d'abord su gagner, puis qui a su perdre. “Je raconte une libération et une découverte, banale, si l'on veut : toute une existence peut s'exprimer dans un monde minuscule” dit Piersanti.
Un livre d'une rare profondeur, portrait d'un homme et d'une époque, sans moralisme ni concession, servi par une écriture dépouillée, essentielle.

Il a obtenu les prix Campiello 2006, Napoli 2006, Alassio 100 libri 2006 et Frontino-Montefeltre 2006.


« L'individu n'est pas reconnu en Italie »
Entretien avec Claudio Piersanti, Midi Libre, 27 juillet 2008

Carpe Diem
Par Anne-Sophie Demonchy, le Magazine des livres, n°10, mai-juin 2008

«Difficile d'effacer “une vie d'avant”… C'est le constat que fait l'avocat Enrico Metz, entre amertume et sarcasme, venu retrouver sagesse et sérénité, loin de l'agitation milanaise des grandes affaires. Ecriture limpide, roman fouillé, chaleureusement accueilli en Italie en 2006. Une belle découverte.»
Librairie Calligrammes, La Rochelle, avril 2008

Entreprise de dépouillement intérieur
Par Romain Verger, Diérèse n°41 (à paraître)

« Belle découverte que ce roman d'un auteur italien bien connu… Tout y est juste, style, personnages… Le thème du détachement y est parfaitement transcrit. »
François Pulazza, Nouvelle Librairie Descombes

Un texte qui sent la poudre…
Par François Reynaud, Librairie Lucioles, Vienne, 14 avril 2008

Une lecture personnelle
Par Nikola Delescluse, Radio Campus Lille, Paludes 482, 4 avril 2008

Un texte fouillé, calé au plus près du vivant.
Par Jacques Josse, remue.net - 25 mars 2008

“La famille d'appartenance [de Piersanti] est celle des Comisso, Bilenchi, Soldati, Cassola, Ginzburg. Ceci implique également un style limpide, aux teintes non pas neutres, mais pigmentées d'un bonheur que je qualifierais de domestique, car immédiatement perceptibles. Ce sont des qualités rares, [...] et qui se confirment de livre en livre.”
Enzo Siciliano, la Repubblica, 31/03/2006

“Le personnage extraordinaire d'Enrico Metz, héros lumineux de ce nouveau roman, rassemble en lui toutes les figures provinciales précédentes de Claudio Piersanti ; mais il se présente - puis se confirme - comme le résumé, très italien, de certains grands noms de la littérature mondiale du XXe siècle, un peu Herzog, un peu Stiller, un peu Humbert Humbert et un peu von Aschenbach, condensant les illusions, puis les amères déceptions, d'un siècle arriviste, souvent victime d'un excès d'ambition, auto-phagocyté par ses propres frénésies.”
Sergio Pent, L'Indice, 04/2006

“Il faut tout de suite dire que Claudio Piersanti, avec Il ritorno a casa di Enrico Metz, a écrit un très beau roman. [...] Et plus encore : il est beau, important [...] Le style et le contenu de ce récit sont mis au service du vrai livre que Piersanti a écrit, et qui est un roman politique.”
Pier Damiano Ori, Liberazione, 24/01/2006

“Un livre d'une beauté singulière qui confirme, entre autres, la maturité atteinte par l'auteur.”
Massimo Raffaeli, Alias, 21/01/2006

“C'est comme si Piersanti avait écrit, avec le talent que beaucoup lui reconnaissent désormais, deux destins : celui d'une petite ville retranchée derrière ses rituels, et celui d'un homme génial qui a d'abord su vaincre, avant de savoir perdre.”
Andrea Di Consoli, l'Unità, 16/01/2006

Il avait fait son devoir. Il devait apprendre à être humble, au moins dans sa vieillesse. Il les avait sous-estimés : il n'existe pas d'ennemis dangereux ni d'ennemis inoffensifs, même le plus médiocre des hommes peut vous fracasser le crâne. Il avait eu beaucoup d'ennemis, au cours de sa longue vie ; désormais, il n'en voulait plus. Quelques amis et aucun ennemi. Il trouva très beau de pouvoir partir le cœur léger, sans avoir rien dit dont il eût pu se repentir. C'était beau de se taire, pourquoi ne l'avait-il pas découvert avant ? Autrefois, il parlait trop, parfois seulement pour remplir le silence des autres, et il s'était toujours trompé. Comme il était éloquent et redoutable, le silence de son père ! Et pourtant, il savait très bien parler, quand il devait vraiment le faire. C'était un parler objectif, sans ambiguïtés et sans fioritures, dénué de vérités absolues et de rhétorique. Lui, il ne lui ressemblait guère. Mais il pouvait s'améliorer, au moins un peu. Il fut amusé à l'idée d'entrer dans une sorte de clandestinité mentale. Il devait apprendre à regarder de loin et à rire dans sa barbe, comme le faisait son père. Des ivrognes se bagarraient, dans la rue ? Son père ne se démontait pas et secouait un tout petit peu la tête. Deux associés d'une même entreprise s'insultaient en élevant la voix devant son bureau ? Il les regardait et souriait, sans cacher le léger ennui qu'ils lui inspiraient. Il n'y avait au monde aucune circonstance que son père n'eût considérée avec le même détachement. Les autres définissaient son attitude par le mot “modestie”, mais cette modestie était, en fait, une forme raffinée d'arrogance. Il lui avait fallu des années pour le comprendre : son père n'était pas le terne bureaucrate qu'il croyait, mais un véritable aristocrate, qui avait encore beaucoup à lui apprendre. Il le revit immobile, assis sur son confortable petit fauteuil en bois, à roulettes, qu'il avait fait venir d'Allemagne : il regardait dehors, le ciel et les cimes des arbres. Il pensait. Voilà ce qu'il faisait, et il l'avait vu penser bien des fois, par la porte toujours ouverte de son bureau. Il pensait, tout en caressant sa cravate.
1/08/08
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