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L'Engendrement de Lionel Bourg
96 pages.
10 euros.

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Lionel Bourg est né le 27 juin 1949 dans la Loire. Il réside à Saint-Etienne. Auteur de nombreux ouvrages (essais, récits, poèmes, journaux et carnets), il a reçu le Prix Rhône-Alpes du Livre en 2005 pour son récit Montagne noire (Le temps qu'il fait éditeur). Avec L'Engendrement, il approfondit le caractère à la fois social et individuel de sa quête autobiographique
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Il faut du temps pour naître.
Du temps et des errances, des cris ou des étreintes, des paysages qui ne s'oublieront plus et, parce qu'on n'a pas le choix, des mots qu'il faut aller chercher parmi ceux qui tombent d'un poste de radio, surgissent au détour d'une page ou bavent, exultent, s'offrent à aimer enfin, à haïr parfois, aux lèvres d'une mère.
C'est que l'on ne vient pas plus facilement à la réalité du monde qu'à son imaginaire.
Que tout brûle, tout égare et qu'un vieil enfant assiste désormais, désemparé, au naufrage de celle qui, pleurant, braillant des insanités, chantant à tue-tête ou psalmodiant des phrases folles arrachées à ses songes comme à quelques grands livres, ne lui donna pas que l'incertaine clarté du jour.
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Chacun ignorait de quoi c'était fait, un enfant.
Les pères, les mères, qui souvent s'avéraient maladroits, moins cruels que brutaux, ou veules, fatigués, ne se posaient pas tellement la question. Il y avait les gosses. Le travail. Une espèce de tendresse bourrue. Des cris. Des paires de claques.
C'était comme ça. Comme ce n'est plus à présent, hormis les coups parfois, et l'indifférence : un horizon restreint, des bâtons de noisetier dont la pointe dessinait une ligne sinueuse derrière soi, des taches d'encre violette que le savon de Marseille toujours spongieux sur le rebord de la pierre d'évier n'effaçait qu'après maintes tentatives, de l'eau de Javel, des affections soudées à des corps familiers.
On avait sept ans. Neuf, peut-être. Les jours s'écoulaient, mornes, besogneux, mal détachés de ceux qui longtemps les avaient immuablement précédés.
Des voix grésillaient dans des postes de radio dont le père changeait les ampoules quand une panne rétablissait le silence où, les repas pris à la hâte, le torchon dont on se servait pour essuyer la vaisselle séchant sur le dossier d'une chaise, la hargne, la colère, l'amertume, et les peines obscures des parents un instant étouffées, les membres de la famille lentement s'exilaient.
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