Le Dossier Robert de Karsten Dümmel Traduit de l'allemand par Martine Rémon 192 pages.
18,5 euros ISBN : 978-2-915018-38-7
Karsten Dümmel est né à Zwickau en 1960. Son engagement en faveur de la liberté d'expression et pour les droits de l'homme ainsi que ses implications dans les cercles de littérature lui vaudront de connaître la prison et d'être la cible de mesures de discipline et de désintégrationrenforcées de la Stasi. Au printemps 1988, il figure au nombre des prisonniers politiques et «cas difficiles» rachetés par l'Allemagne de l'Ouest.
Chargé de cours à l'université de Tübingen, docteur en rhétorique, il participe depuis 1993 aux commissions fédérales de recherches sur les dossiers de la Stasi. Auteur et co-auteur de plusieurs publications sur le fonctionnement du ministère de la Sécurité d'État, il a participé en tant qu'expert et témoin à l apromotion du film de Florian Henckel Von Donnersmarck, La Vie des autres. Il vit et travaille en alternance entre la France et l'Allemagne. Le Dossier Robert est son premier roman
Leipzig, RDA, à la fin des années soixante-dix. Parce qu'il se bat pour la liberté d'expression, Robert, jeune diplômé, docteur ès sciences, est astreint à laver des carreaux à longueur d'année. Il aime Maria, une jeune femme engagée, qu'il a rencontrée dans un cercle de littérature. Elle est fichée par la Stasi. Tous deux projettent de quitter le pays. Mais un jour, Maria disparaît mystérieusement
À travers une mosaïque de destinées bouleversées, de vies confisquées, ponctuée de rapports de surveillance lapidaires, l'histoire d'amour et de résistance de ce jeune couple nous plonge au cur d'une société où tout savoir, tout connaître, savoir qui est qui éradiquent le droit au bonheur. Avec une précision du détail qui fait froid dans le dos et un laconisme terrifiant, le Dossier Robert dissèque l'existence de deux êtres dans sa vérité la plus brutale.
Vies sous contrôle Sombre mais nécessaire, le premier roman de l'Allemand Karsten Dümmel décrit des existences brisées par la Stasi, la police secrète de l'ancienne RDA. Par Sophie Deltin, Le Matricule des anges, n°108, novembre-décembre 2009
Les années Stasi Karsten Dümmel, à travers une galerie de portraits émouvants et de destins brisés, offre au lecteur ce récit tourmenté, composées d'enfermements, de privations, de harcèlement et d'arbitraire.
Par Sahkti, critiqueslibres.com 25 septembre 2009
« Une tristesse opaque à la limite du soutenable comme seul Wolfgang Hilbig a su la dépeindre jusque-là.» Mitteldeutscher Rundfunk - Literaturkritik Figaro
« Une langue acérée, laconique, qui dévoile la face sombre mais fondamentale de la dictature du SED.» Deutschland Archiv, Zeitschrift für das vereinigte Deutschland
« L'irritation érigée en style ou l'art de dire sans dire tout en disant.» Thüringer Landeszeitung
« Votre livre m'a terriblement bouleversé ! [ ] Dès le prologue, un triple étau est venu comprimer ma poitrine et il ne semble pas que l'avenir soit prêt de le faire sauter.» Reiner Kunze
La chambre jaune n'était pas vraiment jaune.
La nicotine collait au plafond et aux murs avec la crasse des années.
Un flux de néons bleu et blanc éclairait la pièce aveugle.
La chambre jaune communiquait avec le couloir par une porte en acier, d'où partaient quinze marches vers le haut et quinze marches vers le bas. Devant cette porte, on avait rajouté une grille fixée sur trois charnières, qu'on pouvait verrouiller de l'intérieur ou de l'extérieur. À côté de la grille, une plaque informait que les audiences avaient lieu le mardi. Un sparadrap masquait les heures.
Dans la chambre jaune, deux portes massives menaient vers de longs corridors poussiéreux qui, d'autres portes passées, s'embouchaient dans d'autres corridors, vers le couloir à l'étage, d'où partait, à gauche et à droite, une incroyable ramification de bureaux et de secrétariats. Toutes ces portes étaient solidement verrouillées. Des boutons ronds remplaçaient les poignées.
Le portrait d'un homme était accroché à l'un des murs de la chambre jaune, un portrait que l'on pouvait voir dans toutes les autres pièces du bâtiment : des mèches de cheveux bruns, un regard perçant sous des sourcils broussailleux, un nez charnu avec une épaisse ride creusée dans le front. Une bouche pincée.
Le revêtement de sol gris clair, usé, se soulevait aux seuils ; il manquait quelques morceaux abîmés dans la pièce que les visiteurs appelaient la chambre jaune. Ces temps-ci, ils venaient plus nombreux que par le passé. Ils prenaient place sur des chaises déglinguées en plastique bleu vert aux dossiers profondément crevassés. Près de chaque chaise se trouvait un cendrier sur un pied en fonte, rempli de mégots, de bouts de cigarette, de cendre, de papiers de bonbons et encrassé par les couches successives de salive. Pas d'autre mobilier.
Les visiteurs de la chambre jaune s'asseyaient sur les chaises informes et collantes et patientaient. Ils s'asseyaient et attendaient le moment où l'une des deux portes s'ouvrirait, où leur nom serait prononcé et où on les sommerait d'entrer.
Parmi ces gens qui attendaient, certains venaient pour la première fois, d'autres fréquentaient la chambre jaune depuis un bon moment. Quelques-uns venaient depuis des années.
Tous prenaient place et se taisaient. Ça allait bon train dans les crânes. Les remords martyrisaient les cerveaux. Personne ne se connaissait - et pourtant chacun était au courant pour l'autre. Venait le moment où chaque occupant des chaises ressassait les reproches mille fois faits : nous n'aurions pas dû venir ici. Nous n'aurions pas dû le faire. Nous aurions dû tenir. Nous aurions dû nous entraîner à la patience.