Dompter la Bête de Ersi Sotiropoulos Traduit du grec par Michel Volkovitch 240 pages.
20 euros ISBN : 978-2-915018-58-5
Ersi Sotiropoulos, née à Patras en 1953, a fait des études d'anthropologie en Italie où elle a longtemps vécu avant de s'installer à Athènes. Elle a publié, depuis 1980, cinq romans, une novella, trois recueils de nouvelles et un recueil de poésie. Son roman Zigzags dans les orangers (Maurice Nadeau, 2003) a reçu le Prix d'État et le Prix de la revue Diavàzo en 2000. Ersi Sotiropoulos est traduite en plusieurs langues.
Loin des élans révolutionnaires de sa jeunesse, Àris Pavlòpoulos, conseiller particulier d'un ministre, jouit d'une existence confortable à Athènes en dissimulant ses zones d'ombre : l'obsession du sexe et l'ambition refoulée d'être reconnu comme poète. Une manifestation littéraire consacrée à son uvre et un voyage en Espagne, hanté par le symbolisme sexuel de la tauromachie, lui offrent l'occasion de satisfaire tous ses désirs. Mais dans la vie de Pavlòpoulos, rien n'est conforme aux apparences... surtout quand un jeune voyou le poursuit dans les rues d'Athènes comme son ombre.
D'une écriture rigoureuse et inventive, tragique sans négliger l'aspect comique et même grotesque des choses, Dompter la bête dissèque le comportement d'une élite tout en abordant des questions morales et existentielles. Un roman qui se lit d'un trait.
Les femmes incarneraient-elles renouveau de la littérature grecque ? Ersi Sotiropoùlos nous tend le miroir à peine déformé d'une élite en pleine déréliction, tant morale que politique, qui échoue à dompter la bête. Par Veneranda Paladino, Dernières Nouvelles d'Alscace - Reflets, n°337, 28 mai 2011
Corrida. Un politicien-poète athénien dans les filets d'une vie de désirs et d'illusions gâchées.
Par Véronique Rossignol, Livres Hebdo, n°860, 8 avril 2011
Les yeux fermés, la lumière chatouillant ses paupières, Àris cherchait son portable. Il tira le drap, fouilla les replis mous de la couverture, sa main effleura sa poitrine chaude et suante. Puis il attrapa quelque chose de dur dépourvu de clavier et comprit aussitôt qu'il tenait sa queue. Il sourit et se rendormit. Dans son rêve il eut une formidable érection, une trique somptueuse, miraculeuse qu'il ne voulait surtout pas laisser filer. Mais sa bouche était sèche, sa langue restait clouée au palais et il crut s'entendre grincer des dents, elles grinçaient près de son oreille, fragiles, branlantes. Il fut pris de panique. Avait-il oublié de mettre sa gouttière ? Sa femme venait de lui en offrir une mais ce jour-là il ne la portait pas.
- Coucou...
Àris changea de côté. En ouvrant les yeux, il aurait vu devant lui Penny habillée, maquillée. Prête à tout, depuis la sortie en boîte jusqu'à l'expédition dans le désert des Tartares.
- Coucou, bébé, réveille-toi !
- Je crois que mon portable a sonné, dit-il, sa trique battant faiblement des ailes.
- Mais non, dit l'autre.
Il ouvrit les yeux. Penny, radieux sourire, dents étincelantes.
Une fille canon. Toute à lui.
- Tu me passes mes lunettes ?
La jeune femme se pencha, ramassa les lunettes sur le sol et monta sur le lit, tirant la couverture puis s'agenouillant devant lui.
- Alors ? demanda-t-elle, le visage encore caché derrière son sourire.
- Viens, dit-il. Il l'attira, la serra contre lui. Cette cicatrice pâle comme une arête de poisson sur sa nuque, il ne l'avait jamais remarquée. Il faut que tu partes la première, murmura-t-il, et il la mordit au lobe de l'oreille.
- J'y vais, dit-elle. Elle se dégagea et se leva.
- Penny, souffla-t-il.
Elle avait déjà quitté la pièce.
Tandis qu'il s'habillait, son globe oculaire gauche se mit à trembloter. Ou plutôt sa paupière. Une brûlure à l'intérieur de l'il et une contraction régulière qui s'étendait au nerf optique. La partie gauche de son visage était engourdie. Il chercha un Lonarid dans sa poche, mais la boîte qu'il trouva était vide.