Attachements de Victoria Horton 208 pages.
18 euros ISBN : 978-2-915018-56-1
Victoria Horton est née à Paris en 1947. Elle a publié quelques textes en revue (NRF, Théodore Balmoral). Elle vit au Mans. Elle est l'auteure de Grand Ménage(Quidam, 2009).
« Jamais je ne lui faisais aucun reproche, c'était pas possible, des fois que ça déclenche une crise on disait rien et même des fois en disant rien ça déclenchait. » Juliette raconte. Anna prend des notes ; mais que cherche-t-elle en réalité, sinon reconstruire sa propre mémoire et pousser dans ses retranchements l'homme qui manqua un jour l'étrangler. Son petit réseau de confidents est-il à même de la protéger ?
En un entrelacs de courriers et récits qui circulent d'un personnage à l'autre, Attachements tisse le roman noir de troubles amours où personne n'a le dernier mot : une vision dérangeante de la violence dite conjugale. « On n'explique rien, Anna, on n'explique pas les gens, on ne peut même pas raconter l'histoire des gens, on ne peut que raconter des histoires sur les gens. Je n'ai pas dit : des mensonges ; j'ai dit : des histoires. »
Entretien avec Bénédicte Heim, dimanche 6 mars 2011
Un deuxième roman à suspense pour Victoria Horton Un roman à suspense puissant et sincère particulièrement réussi.
Par Nicole Ballon, Ouest France (édition du Mans), 31 mars 2011
Voix singulière et détonnante, Victoria Horton, comme dans son précédent roman, égratigne sans concessions et s'empare à bras le corps d'un sujet difficile en littérature, celui de la maltraitance faite aux femmes. Encore une belle réussite. Par Antoinette Roméo-Brunier, librairie Le Cadran lunaire (Mâcon), Page des libraires, n°144, mars 2011
L'homme qui a monté les quatre étages pour sonner à notre porte est tout essoufflé. Il est petit, très petit, tout en muscles, avec une grosse tête et d'abondants cheveux bouclés, d'un blond presque jaune. J'étais boucher, monsieur, boucher ! J'avais un métier, monsieur ! Et vous aussi, jeune homme, écoutez-moi, regardez-moi, un métier ! Et maintenant je dors à la rue, excusez, elle m'a jeté dehors, elle a fait sa crise encore une fois et moi je supportais tout, j'ai le cur comme ça, excusez, c'est elle qui m'a envoyé à l'hôpital psychiatrique, elle m'a dit c'est toi ou moi, et là comme vous me voyez j'en sors d'avant-hier de l'hôpital, j'aurais pu y rester, j'ai sonné partout, ici, dans votre immeuble, et à côté aussi, j'ai fait toute la rue, ah ! la rue ! C'est elle qu'ils auraient dû prendre, le fou n'est pas celui qu'on pense, j'ai un cur d'or, touchez mon cur, jeune homme. Et toi aussi, petite, touche mon cur, là. J'aime les enfants, allez ! N'aie pas peur !
Tout en parlant il prend la main d'Anna, la pose sur le devant de sa veste, là où il manque un bouton. C'est la toute fin de l'après-midi, il a plu par intermittence et la lumière est douce ; la porte en s'ouvrant a fait courant d'air avec la fenêtre et plaqué le rideau sur le balcon de fer forgé. Anna se détourne vivement, remet en place le rideau, jette un coup d'il à la cour où les enfants de la concierge tournent en rond sur leurs tricycles. On les entend se chamailler. Elle repousse le battant de la fenêtre, la referme à l'espagnolette, observe sur son doigt la minuscule écaille de peinture grise, la renifle et y pose sa langue, redresse enfin la tête. L'homme nous regarde l'un après l'autre.