Irvine Welsh à propos de Ron Butlin
Interview de Delphine Heitz, Sofa, Juin 2005 Ron Butlin
A la lecture du Son de ma voixet de Visites de nuit, Ron Butlin s'impose comme un des grands auteurs écossais d'aujourd'hui. D'après vous, pourquoi ne bénéficie-t-il pas de la notoriété qu'il mérite ? Je suis d'accord. C'est un des grands auteurs écossais, on devrait mieux le connaître. Je ne sais pas à quoi ça tient. Peut-être parce que chacun de ses livres est différent, autant dans le contenu que dans le style. Ce type d'écléctisme devrait être considéré comme une qualité chez un écrivain, mais l'édition est désormais tellement conditionnée par le marché, et il est difficile à caser dans un tiroir précis.
Cela dit, peut-on parler d'une littérature écossaise ? Oui. Elle est discrète, et différente de la littérature anglaise comme la littérature irlandaise diffère de la production américaine.
Comment avez-vous découvert Ron Butlin ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de le défendre ?
On m'a offert un exemplaire du Son de ma voix et j'ai trouvé que c'était un livre exceptionnel, l'uvre, d'un grand écrivain. Je voulais en parler en bien queque part, et l'occasion s'est présentée quand le Village Voice de New York m'a demandé un papier sur mon uvre de fiction injustement ignorée préférée.
A première vue, vous êtes le contraire de Ron Butlin : plusieurs de vos livres sont des best-sellers, et depuis trainspotting, vous êtes devenu une icône pour la jeune génération. Mais en un sens, vous pourriez être des frères en littérature : vous êtes tous deux attirés par la part sombre des gens et par la lutte permanente entre l'autodestruction et l'instinct de survie. Je me sens des affinités littéraires avec Ron. Nous venons de la même ville et partageons pas mal de thématiques. Je pense que les aléas du marché, comme l'avènement d'un succès culte relèvent toujours un peu de la loterie. Si cela vous arrive, c'est formidable, mais cela ne sera jamais une raison d'écrire.
Pensez-vous que le fait de devenir un écrivain célèbre influe sur votre travail et votre façon de l'aborder, comme le dit Martin Amis ? Ou est-ce que c'est du baratin ? Je suis sûr que cela a changé la façon dont Martin Amis se voit lui-même comme son propre travail. Je ne fais pas attention à ce qui s'écrit sur moi et je ne me préoccupe pas de moi-même quand j'écris. Ce avec quoi je suis d'accord, c'est que quand vous avez de l'argent, qu'on vous fête et que vous commencez à fréquenter des cercles différents, vous avez intérêt à vous surveiller. Personnellement, j'ai remarqué qu'un abonnement à Easter Road [stade de foot d'Edimbourg, Ndlr] et une carte de membre de l'équipe de quiz du pub du coin aident à garder les pieds sur terre. (traduction Judith Steiner)