Requiem
Par Baptiste Liger, Lire, mai 2006

Paru aux Etats-Unis en 1979, le premier roman traduit en France de Kate Braverman a enthousiasmé des écrivains tels Greil Marcus ou Rick Moody (auteur d'une remarquable préface). La poétesse, devenue professeur de creative writing, décrit le quotidien infernal de son héroïne sans la moindre complaisance glauque. La construction éclatée dans le temps, et un ton sec, tant dans le naturalisme que dans les métaphores poétiques, font de Lithium pour Médée une oeuvre choc.
Comme son titre l'indique, l'univers du très fort Lithium pour Médée n'a rien d'une galéjade, tant le destin de sa narratrice paraît digne des personnages d'Hector Malot. Agée de 27 ans, Rose dresse le bilan d'une vie peu reluisante. Alors qu'elle n'est qu'une enfant, elle doit aider son père, atteint pour la seconde fois d'un cancer, qui passe son temps entre son lit et le jardin. Rescapée du trottoir, un rien hystérique, la mère de Rose est en perpétuelle rivalité avec elle. Les amours de la jeune fille n'éclaircissent en rien son existence. Elle se marie jeune avec Gerald, un malade mental, impuissant et fan de Star Trek : « Il avait l'étoffe d'un modèle réduit. Il était comme ces gadgets aux détails parfaits mais non fonctionnels, attachés aux ponts des bateaux en plastique, ces mitraillettes miniatures collées aux maquettes d'avion. d'apparence parfaite mais rien qui marchait, rien. » Parmi les autres figures minables que connaîtra Rose, Jason, un artiste drogué, la fait sombrer dans la cocaïne. Des lettres échangées avec sa cousine internée en institution psychiatrique au sujet de leur grand-mère commune, rythment ce récit sans rémission.
Baptiste Liger