Petit poème en prose
Par Anne-Sophie Demonchy, le Magazine des livres, n° 5, juillet-août 2007
Les éditions Quidam revendiquent leur goût pour «les ouvrages dont le style jaillit de la forme». La Veilleuse de Stéphane Padovani n'échappe pas à cette règle. C'est le troisième roman de cet auteur, et on sent déjà une véritable maîtrise stylistique qui porte les mots au-delà de leur signification première. La Veilleuse se lit comme un long poème lyrique où la forme est au sevice de l'histoire.
Le roman se divise en trois parties. La première se concentre sur Etienne, un sportif de haut niveau qui, après avoir perdu sa fiancée, victime d'une crise cardiaque, se réfugie dans l'écriture et envoie des lettres à sa grand-mère Louise, morte déjà depuis plusieurs années. Le travail d'écriture, pour lui, est semblable à celui du saut en hauteur, ainsi «il s'inventait un chant qu'il faisait résonner en lui, prière de paix ou de guerre, incantation à la terre qui l'amenait au plus près de l'élan, l'élevait déjà. C'est ce chant qu'il essayait de retrouver avant d'écrire à Louise, un chant perdu parmi d'autres pertes dont il ne se consolait pas». Dans la deuxième partie, le lecteur découvre que les lettres sont arrivées à bon port : une certaine Louise les a lues, mais Louise n'est pas grand-mère, elle n'a que douze ans. Elle organise la rencontre avec Etienne, rencontre nécessaire, fatale. La troisième partie constitue l'épilogue où les différents destins croisés au cours de l'aventure se retrouvent et veillent les uns sur les autres.
Etienne et Louise se reconnaissent et s'adoptent mutuellement : ils sont confrontés à la mort d'un proche. Pourtant, tous deux trouvent un refuge réconfortant dans les mots. Au moment où Etienne et Louise se rencontrent, «la Veilleuse», mère de la fillette, tombe malade. Elle se sait condamnée mais «à aucun prix, la Veilleuse ne voulait de moi à son chevet, à son agonie, ni d'Etienne», explique Louise. On ne lira donc rien de cette mort annoncée mais on suivre Etienne et Louise sur les routes du Sud. Tous deux comprennent qu'ils ne fuient pas mais partent en quête d'un absolu qu'ils peuvent atteindre grâce à l'écriture. Ainsi dans le désert, Louise prend conscience qu'«écrire revient au geste de creuser, comme un animal souvent, pour trouver un peu d'eau fraîche, la remonter, la partager avec ceux qui ont soif».
Ce roman sensible et poétique est un chant d'amour aux mots. Anne-Sophie Demonchy