Une pièce, un « il » anonyme, une voix qui le restera ; ça commence presque comme certains textes brefs de Beckett ; Soubresauts peut-être ou Compagnie ou même Sans mais non, pourquoi je pense à Beckett, pourquoi je pense à Beckett alors quil y a si longtemps que je ny ai pas pensé. Mais non. Petit à petit des personnages quand même sassument comme tels autour du il, fils fille femme et autre femme, à des âges variés car dune époque on passe à une autre ; la mémoire naime pas lordre chronologique. Le présent, lui, est obsédant comme lanonymat du protagoniste qui, ôtez-moi dun doute, ne trouve tardivement son nom que dans un dialogue du passé. Au présent, « il se tient là ».
Ne fait plus que ça, face à la fêlure et à la transparence du carreau. Sa fille peut bien venir faire le ménage, son fils lui dire de faire changer le carreau, il se tient là, cest tout. Au passé aussi, il se tient là ; il se tient là car le passé est encore présent, Tout passe dit la voix anonyme mais encore faut-il que tout passe. Pour le moment tout ne passe pas. Au passé aussi, il se tient là, mais parfois il sent il sent encore son odeur ; et parfois dans un autre passé il parle, il parle et la littérature le recouvre au point quil disparaît comme ce texte écrit sans penser à changer de page, jusquà ce que la page soit entièrement noire comme la mort de lautre.
Tout passe est un court roman, « Un roman » comme lannonce lauteur, qui vient de paraître chez Quidam, du même Gabriel Josipovici dont jai déjà tant aimé le très différent Moo Pak même si tout de même il y était déjà question décriture impossible. Et cest traduit par Claro, qui en parle lui-même http://hublots.over-blog.com/article-tout-passe-de-gabriel-josipovici-105317073.html