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L'Espagne perdue des républicains
Par Jean-Maurice de Montrémy, Livres-hebdo, 3 juillet 2009

Actif lors de la grande grève des mineurs britanniques dans les années 80, David M. Thomas (né en 1959), fils d'un Gallois, vit maintenant à Limoges. Il écrit en français. Peut-être ses origines nationales et syndicales expliquent-elles le relief que prennent dans Un plat de sang andalou les conflits identitaires et idéologiques qui compliquèrent la tâche des républicains lors de leur lutte contre le soulèvement nationaliste.
Le narrateur londonien et son ami allemand, transfuge de la Luftwaffe, tentent d'enrailler l'avance franquiste du côté d'Alméria. Ils constatent l'imbroglio politique au sein de la gauche, des communistes moscovites jusqu'aux anarchistes. Ils captent aussi les nuances d'accents et les préjugés qui divisent Andalous, Catalans, Valenciens, etc. même si la lutte, maintenant désespérée, les mobilise tous. Même labyrinthe chez le déserteur italien dont les premières pages du livre content superbement l'arrivée. Dans le corps expéditionnaire de Mussolini, les Sardes détestent les Siciliens, les Florentins méprisent les Siennois, etc.
Fondé sur des descriptions froides et sèches, sur des dialogues au rythme juste et soutenu, Un plat de sang andalou célèbre la résistance oubliée d'Alméria, ville médiatiquement sans importance, où le combat, les haines, les grands idéaux, l'héroïsme et la cruelle médiocrité s'entremêlent comme sur d'autres « théâtres » plus célèbres de la guerre civile. Premier d'une trilogie qui mènera jusqu'à la défaite, à l'exil, aux camps français puis nazis et aux années noires d'un franquisme interminablement vindicatif, ce roman « européen » témoigne d'une inspiration renouvelée chez ceux qui n'ont pas connu directement cette période.

11/09/09
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