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Une formidable publication, un sublime objet éditorial
Par Jérôme Mauche, Cahier critique de poésie 18, octobre 2009-12-23


Une formidable publication, un sublime objet éditorial qui restitue impeccablement un moment littéraire qu'en France on ignore et que, dans sa préface, Thibault de Ruyter esquisse, celui de l'underground forcément perdu d'après-guerre ouest-allemand du début des années 1970.
Brinkmann , le Colonais, lecteur de Benn, Schmidt et de Jahnn surtout, auteur d'une anthologie de littérature beat Acid, d'un roman à scandale rapidement traduit alors aux éditions Gallimard La lumière assombrit les feuilles, cinéaste aussi, se retrouve en résidence à Rome à la Villa Massimo puis à la Casa Baldi.
Il y tient durant quatre mois un journal intense, non-idyllique, publié après sa mort (stupide accident de la circulation à la Warhol en 1975 à Londres).
Comme il se doit - à rapprocher par-là du Journal romain de Renaud Camus, tenu une décennie plus tard, à la Villa Médicis - , Rome, ses instances et profiteurs culturels s'avèrent des plus lamentables, d'autant que Brinkmann est parfaitement insensible à la suffocante beauté des lieux.
D'extraordinaires évocations nocturnes tournent autour de lui, choses vues, mal comprises (il se refuse à apprendre l'italien), élucubrations, retrait, silhouettes, restaurants crasseux, misérabilisme (il économise sur sa solde afin de subvenir aux besoins de sa petite famille restée en Allemagne), dépolitisation : est-ce à cela que concourent les prestigieuses résidences étatiques ? Au pied de la lettre, oui, insiste Brinkmann dans chacune de ses infinies missives adressées à son épouse, ses proches. Mais une jubilation sinistre et rock'n'roll lui donne accès aux gestes, aux regards, aux images. Il les entrecoupe de cartes postales, de plans, de tickets de bus de la Rome antique, baroque, cheap et porno (même si c'est surtout dans Schnitte que son art du collage pop et du texte déchiqueté devient grandiose).
Une écriture matérialiste débraillée ouverte et désemparée ou vive qui charme le lecteur, non seulement par son côté ex-RFA / para-Bande à Baader mais de loin / prébendes d'Etat et mort violente, mais surtout parce que les formes d'une vie y sont assignées avec précision.
Jérôme Mauche

7/01/10
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