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Rome autrement
Par Valérie Da Costa , Mouvement n° 50, janvier-mars 2009

C'est un livre à mettre dans les bagages de tous ceux qui partent comme pensionnaires à la Villa Médicis à Rome, qui aiment la ville éternelle ey plus largement les récits de voyage. Rome, regards, ouvrage posthume de l'écrivain allemand Rolf Dieter Brinkmann (1940-1975), est aujourd'hui traduit en français. Quasiment inconnu en France, jugé par Heiner Müller comme «le seul génie de la littérature ouest-allemande d'après-guerre», Brinkmann propose avec Rome, regards, une déambulation situationniste qui raconte, sous la forme d'un carnet de voyage, le séjour de l'écrivain à Rome, à la Villa Massimo (équivalent allemand de la Villa Médicis), d'octobre 1972 à janvier 1973. Sous forme de dérives urbaines, mêlant au texte photographies, coupures de journaux et cartes postales, celui-ci consigne ses découvertes de la ville et ses rencontres. Et, contrairement à tout attente, n'exalte ni la magnificence ni le passé de Rome, mais nous plonge dans sa triviale quotidienneté, qu'il dépeint férocement.
Rolf Dieter Brinkmann n'aime pas Rome, ses ruines, sa culture et son histoire. Il le dit, il l'écrit. Il préfère Cologne, la ville d'où il vient. Sa nostalgie de l'Allemagne transpire à travers tout le livre. Certains passages (nombreux) sont à ce titre truculent. «La nourriture m'est trop fade. La charcuterie offre certes des saveurs variées, mais je préfère à tout plat ici les gros haricots avec du lard maigre comme on les accommode dans le Nord de l'Allemagne.» Ou encore : «A l'arrière le Panthéon gris qui-sent-le-renfermé, une croix suspendue dans l'air au-dessus de l'obélisque égyptien : ça fout par exemple secrètement en rogne de voir partout le culot effronté de l'église catholique, des minables catholiques, les protestants avec leur austérité, c'est sûr, auraient laissé disparaître tout ce bazar !»
Rome, regards fonctionne ainsi comme l'accumulation de pensées foisonnantes et désordonnées d'un rebelle misanthrope. C'est un livre qui démystifie la situation de tout pensionnaire accueilli en résidence et qui, au-delà de tous les états d'âme de l'auteur qu'il révèle, livre une description précieuse de Rome au début des années 1970.
Valérie Da Costa

17/02/09
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