logo quidam
L'insolite,Le singulier.
Des auteurs plutôt
que des livres.


CRITIQUES


Accueil


[Fermer la fenetre]

Enregistrer le monde
Par Hélène Thiérard, Documents, revue du dialogue franco allemand, n° 37, décembre 2008

1972 : Rolf Dieter Brinkmann a 32 ans lorsqu'il part à Rome en résidence d'artistes. Il a déjà publié des nouvelles, un roman, des poèmes, fabrique des collages et s'occupe de faire connaître les auteurs de la Beat Generation et de l'underground américain en Allemagne de l'Ouest. Depuis la prestigieuse Villa Massimo, Brinkmann prend des notes, quantité de notes. Pour un projet de livre ? Il se "contente" d'enregistrer le monde, remplit ses carnets de ses impressions. Ces albums seront publiés de manière posthume en 1979 (Brinkmann meurt tragiquement en 1975) sous le titre Rome, regards (chez Rowohlt). S'il tient avant tout du journal intime, ce livre contient aussi, collées, des photos, des coupures de presse, des reproductions de pages de livres qu'il est en train de lire, mais aussi divers plans et croquis annotés et surtout les nombreuses lettres et cartes postales qu'il écrit à ses amis et à sa femme Maleen restée à Cologne avec leur fils.
Le séjour en Italie stimule l'écriture, mais pas dans le sens qu'on pourrait croire. Rolf Dieter Brinkmann prend le contre-pied de l'émerveillement. "Arcadie, moi aussi (Goethe) : canaillerie !" Il écrit à un ami de venir le voir car, dit-il, "la grande casse de l'histoire de l'Occident m'attend ici". Les ruines l'oppressent, contre elles, il réclame plus de présent ; contre le nombre et la masse, l'individu et la singularité. Brinkmann observe ses contemporains avec un œil de zoologue et fulmine contre le "raccourcissement des sentiments". Aux artistes en résidence avec lui, il reproche leur habileté car pour lui, être artiste c'est être dans un "examen permanent pour accroître l'expression, densifier la vie".
A lire Rolf Dieter Brinkmann, la pensée prend un peu de muscle et le lecteur en suivant "sa machine à idées qui avance et avance" a peut-être à son tour envie d'écrire une lettre, pour se promener en pensées et emmener l'autre à ses côtés. Il convient de préciser que Martine Rémon a reçu le Prix Halpérine-Kaminsky Découverte pour la traduction de cet ouvrage.

29/01/09
Web design by P.Tzara