La fin de vie n'est plus ce qu'elle était
Ce roman de Bryan Stanley Johnson, R.A.S. Infirmière-Chef, avec son sous-titre (Une comédie gériatrique), n'est peut-être pas le livre rêvé pour se remonter le moral. Mais - sans doute un bon signe - c'est un livre qu'on n'oublie pas.
Le roman est constitué de neuf chapitres. Les huit premiers concernent huit vieillards, des hommes et des femmes, regroupés dans une sorte de mouroir sous la férule d'une infirmière-chef. Chaque chapitre, après une fiche technique permettant d'évaluer l'état de délabrement du personnage, est un monologue intérieur où se mélangent le passé et le présent immédiat (y compris les relations avec les autres pensionnaires et la chef). Comme ces huit tableaux intérieurs se déroulent au même moment, le roman se présente comme le courant de conscience d'une petite communauté. Une sorte d'unanimisme tragique.
Bryan Stanley Johnson a orchestré son roman sur un thème qui préoccupe de plus en plus nos contemporains : celui de la fin de vie. Autrefois, pour le plus grand nombre, une mort brutale et prématurée était de règle. Aujourd'hui, la durée de vie s'allonge, mais avec souvent des fins de parcours dont on aurait envie de dire que ce n'est pas une vie. Au vu de tous ces gens qui gagatouillent, on est même tenté de demander au croyant : Où est l'âme, dans ce cas-là ? Chacun se dit qu'il saura s'éviter cette fin de partie lamentable. Le problème est que, une fois dans cet état, on n'a plus les moyens d'y mettre fin. Sur ce thème périlleux qu'il réussit à rendre drôle, Johnson fait preuve d'une maîtrise technique qui intéressera même ceux que le sujet laisse indifférents.