Et si pour une fois je la jouais tendance déprime. À l'opposé de nos amis de Psychologies : Non ! je ne positive pas, absolument pas. Non ! je ne me pose pas la fameuse question qui relativise : « Est-ce un bien, est-ce un mal ? » Oui je le dis sans barguigner : c'est insupportable. De qui je parle ? J'y viens, j'y viens, l'humeur atrabilaire de la chronique n'interdit pas le suspense. Au contraire. J'essaie de vous appâter dans l'espoir que vous compatissiez.
Qu'est-ce qui est insupportable, or donc ? Le pilonnage d'un livre. Surtout que jusque-là, soyons honnête, ça ne hantait pas mes nuits, jusqu'à ce qu'il s'agisse du mien. « Ils » l'ont fait, « ils » ont pilonné mon livre, ils l'ont déchiqueté, broyé, pulvérisé allez savoir, mes Parasols publiés (je le rappelle pour les rares d'entre vous à qui cela aurait échappé) par les éditions Climat en 2001. Le pilonnage, savez-vous, c'est le grand trou noir de l'édition. Chaque année le monstre engloutit plus de cent millions de livres sur les cinq cents millions mis sur le marché. Sur les 700 ouvrages de la rentrée littéraire, combien connaîtront cette fin ignominieuse ? Mystère. Personne d'ailleurs ne sait comment ça se passe ? Les visites à la bête papivore sont interdites pour ménager les auteurs. C'est trop gentil ! Mais quand on vous annonce au téléphone que c'est trop tard, non, vous ne pouvez plus racheter vos 2 000 exemplaires qui ont été réduits à l'état de confettis (enfin je suppose, à moins que ce ne soit des languettes, des spirales, de microscopiques losanges, voire de la poudre de papier), la sensation est, disons, intéressante.
Tout ça, et bien d'autres choses, Paul Desalmand nous le raconte dans un adorable livre intitulé Le Pilon qui vient de sortir chez Quidam éditeur. Un livre qui raconte avec humour et tendresse les tribulations d'un livre. Son allergie au code-barres : « J'ai l'impression de ressembler à un camembert. » Ses lecteurs préférés dont une jolie jeune femme qui pratiquait le bronzage intégral : « [ ] elle me posait sur sa foufoune pour éviter les regards indiscrets. Parfois, quand elle était à plat ventre, elle me posait sur ses fesses, mais j'aimais moins. » Ses discussions avec d'autres livres, frères de papier, sur les étagères d'une librairie : désopilant échange entre les uvres romanesques de Mauriac, tome I, et Écrits sur l'art tome IV de Malraux, entre autres. Sans parler des beaux portraits de libraires ou des digressions littéraires de ce livre-narrateur fort lettré au demeurant.
« Nos poubelles sont plus grandes que nos greniers », constatait l'autre soir sur France 5 un ethnologue dont je regrette d'avoir oublié le nom. Placide et implacable.