« Nos yeux maudits » regarde la mort en face Le deuxième volet de la trilogie de David M. Thomas plonge dans l'enfer de Mauthausaen.
Par Nicolas Lavallée, L'Echo, 22 décembre 2010
David M. Thomas a le don de regarder l'Histoire dans les yeux. Même si elle est douloureuse. Même si elle est ignoble. Le voilà, ce diable d'auteur gallois installé à Limoges, qui revient avec le deuxième volet de sa trilogie, Nos yeux maudits. Cinq ans après la fin de la guerre civile espagnole, trois des personnages principaux de son premier volume, Un plat de sang andalou, se lancent dans une folle entreprise : délivrer Marco, un de leurs camarades de la bataille d'Almeria, du camp de Mauthausen. Tout au long des 292 pages de ce sinistre périple, Solena, Dartmann et Ieuan ne cilleront pas, malgré l'horreur, malgré les humiliations. Malgré les envies de vengeance.
C'est le roman de l'horreur en détail. Celui du hideux visage du système concentrationnaire. David M. Thomas a le souci de la précision. Du rythme. De la vigueur. De la rage. Il dessine, touche par touche, à la pointe de sa plume acérée, la réalité du camp de concentration. Au nom de ceux qui y sont restés et pour que l'on oublie jamais, il livre tous les noms, les grades et les postes des nazis qui ont échappé au bras vengeur de l'Histoire.
David M. Thomas confirme qu'il ne s'en tient pas qu'à la littérature. Fils d'ouvrier et partie prenante de la grande grève des mineurs britanniques dans les années 80, il marque son histoire du sceau de l'engagement. Sans démonstration poisseuse. Seulement en décrivant l'infernale machine nazie. Froidement. Nez à nez. Face à face. Une résistance pied à pied.