Un vent de liberté, par Renaud Junillon, Page des libraires, mars 2005
Undine Gruenter a réussi à construire un récit foisonnant selon les plans d'un labyrinthe très personnel. Récit à tiroirs, dédale méta-textuel, parodie espiègle, canevas d'histoires ; on s'y perd avec délectation. Désorienté, le lecteur se laisse mener par le bout du nez avec un plaisir piqué de curiosité.
Un premier dédale nous emmène dans le Paris populaire de Montmartre, au cur d'une cité labyrinthe des années 50. L'émotion est grande au sein de la communauté : de curieux messages viennent mystérieusement semer la panique dans le panneau d'affichage réservé aux annonces officielles. Pas de graffitis ou de tags, les fauteurs de troubles sont d'étranges textes, mi-contes animaliers, mi-poèmes surréalistes. Et ces petites bombes littéraires doivent cessées ! On engage alors un détective à la retraite pour découvrir l'identité de ce terroriste poético-anarchiste insaisissable. Et nous voici ainsi plongés dans un autre univers, celui d'un hommage facétieux au surréalisme, où l'inconscient du personnage central - l'écrivain amoureux Luis Gonzales, qui sera le fil d'Ariane du lecteur, le guidant à travers les différents dédales narratifs - devient une voix à part entière du récit pour converser avec Breton et quelques autres.
L'auteur prend plaisir à détourner les genres littéraires pour s'approprier le mythe antique, le remodeler dans son univers propre et partir ainsi à la recherche de la nature de l'Art. Un Art hybride, prisonnier et méjugé. Un Minotaure moderne. Bien sûr, il est d'autres passages à emprunter, d'autres histoires à explorer : ils / elles se télescopent, s'imbriquent, se confondent, mais tous / toutes sont habités par un authentique vent de liberté. Renaud Junillon