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Monsieur Le Comte pour le meilleur et pour le pire
Par Christophe Martinez, Culturopoing.com, http://culturopoing.com/, 19 décembre 2010

Un an après son roman Liquide publié chez le même Quidam éditeur, Philippe Annocque démontre avec virtuosité qu'il possède assurément plus d'un tour dans son sac. A l'instar de Monsieur Le Comte, le personnage facétieux de son récit, l'auteur dévoile d'une œuvre à l'autre un visage polyfacétique miroitant la thématique commune à ces deux textes, à savoir la quête d'identité.

Pour qui se prend-il Monsieur Le Comte ? Tour à tour cycliste qui déambule dans la banlieue parisienne pour réparer les infortunes des ménagères vouées à une décapitation incertaine, puis dans l'espoir de délivrer dans la rue Carnot le 714ème carton publicitaire qui lui a été remis, champion de trampoline improvisé dans un magasin de literie, frère siamois d'un ex-bibliothécaire qui a perdu la face depuis que son alter-ego la lui a dérobée ? Ne nous méprenons néanmoins pas sur les desseins de ce conte hors du commun, dont l'auteur même ignore les tenants et les aboutissants, au même titre que les rebondissements inopinés qui traversent la chevauchée héroïque du personnage principal. Remettons les pendules à l'heure et les compteurs à zéro pour éviter de s'emmêler les pédales dans le fil alambiqué de cette authentique calembredaine. Afin d'arriver à ses fins, le lecteur devra avant tout se mettre dans la tête de son personnage, le seconder dans ses élucubrations et autres circonvolutions narratives autour de cette obstination à prendre sans vergogne les mots au pied de la lettre, à les charcuter, à les associer, à se les approprier dans le but de leur donner un sens opportun, comme lors de cette fuite saugrenue sur l'épaule de Darwin afin de prendre au sens propre, comme suggéré par le gorille menaçant aperçu à l'entrée du jardin zoologique, ses jambes à son cou.

« Or, en effet il n'y a qu'un pas somme toute, à peine un saut de puce, de dévisager, à défigurer, tout juste le passage précisément du figuré au propre. Et dans ce saut de puce c'est bien tout l'équilibre du monde qui est en jeu, car s'approprier une figure (ou passer d'un sens à l'autre), n'est-ce pas ni plus ni moins faire du reflet le tangible, du portrait le modèle, de la fiction le réel ? »

Malgré son héritage partagé avec son double, Monsieur Le Comte possède un style composé d'une pléiade de figures (dont l'allitération est l'une des figures de proue) qui le rend si attachant et reconnaissable parmi ses congénères.
Dans cette fantaisie multi-directionnelle où les indices sont distillés au Comte goutte, en italique, ou en filigrane, les hypothèses se démontent, se construisent et s'imbriquent au fil de l'eau afin de submerger le lecteur éventuel qui aurait cru pouvoir s'extirper de ce chaos verbal. Invité à se transformer alternativement en joueur de console, en œil expulsé de son orbite, en spectateur cinématographique, le récit prend une dimension surréaliste qui vient se greffer à la ré-alité.
La mise en abyme, de plus en plus étourdissante en avançant dans l'aventure, réinvente sans cesse la nouvelle scène qui se trame, renversant les précédentes dans un méli-mélo dont conteur et lecteur semblent être complices au détriment de l'intégrité des personnages.
L'omniscience élémentaire du narrateur risque cependant d'être mise en péril par l'importance de Monsieur Le Comte, affirmée dès le début du récit, lui qui bien qu'orphelin, s'apparente au dit-vain, à l'inverse de son frère siamois, l'écrit-vain.

Christophe Martinez

http://culturopoing.com/Livres/Philippe+Annocque++Monsieur+Le+Comte+au+pied+de+la+lettre+Editions+Quidam+-3628

21/12/10
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