Le Son de ma voix Le récit bouleversant d'un nostalgique maladif Il s'appelle Morris Magellan, du nom du célèbre navigateur portugais qui le premier, effectua le tour du globe au début du XVIe siècle. C'est l'histoire d'un homme qui n'est pas marin mais cadre dirigeant d'une biscuiterie en Écosse, et qui se retrouve un soir - mais comment pareille chose a-t-elle bien pu advenir?- lancé sur l'océan tumultueux de la dépression alcoolique à bord d'un frêle esquif dépourvu de gouvernail. Et il n'est écrit nulle part que tous les Magellan retrouvent un jour leur port d'attache.
Le Son de ma voix est le voyage d'un homme tout simplement malheureux d'avoir tourné le dos à sa maison en bas de la colline, celle où il habitait avec ses parents et qu'il n'aurait jamais dû quitter des yeux.
C'est le récit bouleversant d'un nostalgique maladif qui ne rêve que de stabilité, d'immuabilité, un personnage superbe qui, ne pouvant empêcher la ronde des saisons de l'éloigner chaque jour un peu plus de son origine, son point de départ, largue les amarres une nuit pour le plus douloureux des voyages sur flots toxiques.
Remarquable écrivain que ce Ron Butlin inconnu qui force l'empathie de son lecteur (notamment par une narration à la deuxième personne du singulier) pour ce personnage qui tangue et roule de plus en plus dangereusement.
Ce Morris buvant tous les alcools, vidant toutes les bouteilles qu'il laisse ensuite dans son sillage comme autant de S.O.S sans message. Ce Magella qui ne voulait pas partir et arrivera nulle part.
Ce nouveau Feu Follet a déjà vingt ans. Redécouvert en 2002 par Irvine Welsh et publié en France par un éditeur des plus discrets, il s'agit aujourd'hui de ne pas passer à côté. François Reynaud