Solitude
Un roman vibrant d'un ton très juste.
Par Luc de Goustine, Royaliste, n°999, novembre 2011
Jankiel a fui Paris la veille des rafles du Vel d'Hiv', pour chercher asile dans le terroir corrézien d'où sa femme Louise, sculpteur, est originaire. Là, tout le force à se fondre et disparaître. «Homme, pianiste, polonais et juif..», il un quadruple dépaysement.
Juif traqué par la machine exterminatrice. Pianiste qui n'a plus que sa mémoire et quelques partitions de Mozart, Chopin, Bartok, mais s'assoit jour après jour au clavier d'un pianio miraculeusement disponible. Polonais subissant dans sa chair la torture que le nazisme inflige à l'Europe. Homme enfin sous toutes les coutures de son être en sourdine - héros et douloureux compositeur d'une sonate du dépaysement.
Les lignes qu'il trace chaque matin sur son cahier sont autant de frontières à son exil. A l'égard de Louise que la grossesse d'abord, puis brutalement la mort, lui dérobent. De leur petite fille qu'il apprivoise par la musique. Au sein du paysage qu'il sillonne frénétiquement, dont les saisons l'enlacent, le protègent ou le dénoncent. Exil enfin dans la Résistance où la violence de l'Histoire l'entraîne à tuer comme les autres, dépossédé de tout, au bord du ciel.
Le roman de Maïca Sanconie qu'offre à son pays natal, peut-être issu de sa propre mémoire, use d'une délicatesse puissante pour extraire de l'âme de son personnage une prose vibrante comme un accompagnement musical.