Le Secret d'Undine
Discrètes mais têtues, les éditions Quidam s'efforcent de faire connaître l'uvre élégiaque et subtile de l'Allemande Undine Gruenter.
Par Jean-Maurice de Montrémy, Livres-Hebdo n°677
Après avoir fait ses études à Heidelberg, Bonn et Wuppertal, Undine Gruenter (1952-2002) s'est installée à Paris, en compagnie de Karl Heinz Bohrer, spécialiste du surréalisme. Éloignée des tumultes, elle a construit une uvre étrangère à la littérature allemande d'aujourd'hui, d'une grande finesse stylistique, cachant sous une concision rêveuse son art de l'exactitude, parfois impitoyable. On a pu en juger avec La Cache du Minotaure (Quidam, 2005), où la légende renaît au pied de Montmartre dans le Paris d'aujourd'hui.
Avec Le Jardin clos, le mystère se fait encore plus élégant parce qu'il est plus grave. Undine Gruenter l'acheva juste avant de mourir, âgée de cinquante ans, au terme d'une maladie qui la condamnait à vivre dans un fauteuil roulant. Épreuve dont rien ne paraît ans le huis-clos amoureux qu'elle met en scène, si ce n'est peut-être par la concentration de l'écriture et l'intensité de chaque geste, de chaque image, fût-ce pour évoquer le jeu de l'amour et du hasard.
La jeune femme a vingt ans. Elle s'appelle Équilibre. L'homme a près de soixante ans. Il s'appelle Soudain. Ils se marient et s'isolent du monde en choisissant une petite maison sur les bords de la Marne. Leur amour se confond à l'espace d'un jardin clos dont Undine Gruenter fait une description magique. C'est là que le couple tente d'être à soi-même une uvre d'art, où Soudain joue le rôle de Pygmalion. Rôle imprudent surtout lorsque survient l'inévitable troisième : un avocat, de vingt ans moins âgé que Soudain.
Conçu comme un rituel et comme un piège subtil, Le Jardin clos atteint une forme de perfection géométrique pour évoquer l'insaisissable, le non-dit, l'illusoire et la chimère. «Le jardin clos reste l'allégorie d'une forme d'amour dont la fatale virginité a justement été bannie, conclut Soudain. Que serait l'amoureux sans son imagination, que serait l'amour sans concept ? Je crois que c'est Madame de Staël qui a affirmé que les hommes remplacent l'engagement défaillant du cur par l'imagination. Je crois que ce sont ceux qui ne comprennent pas grand-chose à l'amour qui dénoncent l'imagination comme une idéalisation de la femme.» Jean-Maurice de Montrémy