Nouvelle patrie
Par Etienne Besnault, Documents, revue du dialogue franco allemand, octobre 2007

Un long cauchemar, long et monotone au-delà des péripéties de surface, voilà en quoi consistent les existences, matière du roman de Reinhard Jirgl, les Inachevés. Originaires des Sudètes, quatre femmes expulsées ou en fuite (ou bien les deux) trouvent « refuge » dans ce qui envient la RDA. Le terme « refuge » est ici vide de son sens usuel. Les personnages ne trouvent pas leur place dans ces régions pourtant distantes d'à peine quelques centaines de kilomètres du pays natal. La nouvelle patrie ne devient jamais la leur, elle ne constitue à proprement parler qu'une simple étape vers leur destination finale : la mort. Une mort à peine plus noire que ce semblant de vie on ne peut plus gris qu'elles auront traversé, glissant sur la médiocrité insidieusement insoutenable d'un système et d'un environnement aussi terne que petit.
Des destins longuement contés, sans qu'on le sache, par l'unique personnage masculin du récit, le petit-fils, seul à ne pas être né dans « l'ancienne patrie » mais qui porte lui aussi la malédiction de l'expulsion. Un roman noir assez désespéré, mais bizarrement pas désespérant ; et l'auteur de nous préciser que toujours « il y a une suite ».
Etienne Besnault