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Une vie, c'est ça…
« C'est quoi, une vie ? » Vaste question, banale, béante, à vif. Plantée là, au cœur même de ce livre.
Par Didier Pobel, le Dauphiné libéré, 29 mars 2010

Une vie. C'est « deux, trois noms. Des verbes, des participes. Des coups que l'on encaisse. D'autres que l'on distribue ». C'est tout cela et bien davantage encore. Salutaire et fragile inventaire que Lionel Bourg dresse pour tenter de domestiquer le quotidien, pour préserver un peu ce qui menace de s'écrouler… L'Horizon partagé, son nouvel ouvrage, se décachette comme une longue lettre adressée aux amis, aux vivants, aux disparus, aux anciens, aux jeunes gens… Sans oublier la compagne, pour qui l'on fredonne parfois un vieil air de Reggiani : « Je t'aime/Toi qui seras jamais/Une grande personne. » Chez Bourg, l'offrande est pleine de chansons, de romances, de souvenirs, d'instants présents volés au temps qui passe. L'auteur de Jardin de poupées (Fata Morgana, 2006) et de L'Engendrement (Quidam, 2007) aime Pétrarque et Aragon, Nerval et Pierre Gascar, Gracq et Dylan. Mais à le lire attentivement - à l'écouter parler, pourrait-on dire -, c'est sans doute à Marcel Arland que l'on songe le plus sûrement. Du ténébreux hôte de Terre natale, il a gardé le goût des paysages du Forez, l'amour des cryptes et des chapelles, l'émotion face au christ lépreux de Brioude, l'impérieux désir de fuir en égrenant des lieux-dits comme un chapelet païen. « C'est quoi, une vie ? » C'est du réel en lambeaux, de l'imaginaire aux yeux, de la révolte au front… « Nous n'avions guère que ça, n'empêche. Des mots. Des mots et une poignée de rêves. » Les souvenirs sont des oiseaux. On suit leur vol noir par-dessus les moulins. Le petit frère arraché à l'enfance, la mort de la mère, le pépin de santé qui guette. « Le cœur quand ça bat plus… », comme dit Léo. De page en page, on frissonne seul ou on se tient au chaud ensemble. Car il rôde ici comme un souffle générationnel, celui qui propage la lutte des classes, celui qui fait aimer la poésie, celui qui ouvre le chemin à la relève en marche. « Les enfants inquiets me redonnent confiance », avoue Lionel Bourg. Magnifique et troublant paradoxe. Mais, bon sang, c'est quoi, une vie à la fin ? C'est « l'ombre douillette des feuillages - un frêne, un tilleul -, toute la quiétude balbutiante du monde près de moi, l'eau qui coule dans une vasque… » Et c'est bien sûr aussi cette émouvante confession, ce beau livre de vagabondages et de merveille, de divagations et de mélancolie. Oui, une vie, c'est ça. L'Horizon partagé comme un pain fraternel sur la table de bois.
Didier Pobel


12/04/10
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