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Revenir sur ses pas
Dernier livre de Lionel Bourg, L'Horizon partagé est constitué d'une série de lettres adressées à des proches, famille ou amis. L'occasion pour l'écrivain marcheur d'évoquer les douleurs de son passé, mais aussi, fait plus rare, les bonheurs de son présent. Entre intimité et vagabondage.
Par Laurent Bonzon, Livre et lire, mars 2010

Lionel Bourg vieillit et, du point de vue de la littérature, c'est une bonne chose… Ce n'est pas que les douleurs s'estompent, mais plutôt que l'écrivain les met un peu plus à distance, les reconnaît comme de lointains parents, les contemple avec une sorte de tendresse qui glisse parfois jusqu'à la nostalgie. Mais attention, pas d'attendrissement facile chez cet homme qui aime les rudesses de la nature et les roches qui composent le sol sur lequel il se tient et aime à marcher. Car Lionel Bourg est un marcheur. Dans les montagnes de son Forez qui flirtent avec l'Auvergne, il se laisse emporter par la force du vent, retournant à l'ivresse de l'enfance, lorsqu'il fuyait à grands pas les injustices et les silences glaçants d'une maison familiale où il eut tant de mal à trouver sa place. La lettre à sa mère, « Ce qui pleure en moi pour être délivré », est d'ailleurs sans doute l'une des plus saisissantes de ce recueil. Avec son style pesé et sa phrase mouvante, Dernier livre de Lionel Bourg, L'Horizon partagé est constitué d'une série de lettres adressées à des proches, famille ou amis. L'occasion pour l'écrivain marcheur d'évoquer les douleurs de son passé, mais aussi, fait plus rare, les bonheurs de son présent. Entre intimité et vagabondage. Lionel Bourg vieillit et, du point de vue de la littérature, c'est une bonne chose… Ce n'est pas que les douleurs s'estompent, mais plutôt que l'écrivain les met un peu plus à distance, les reconnaît comme de lointains parents, les contemple avec une sorte de tendresse qui glisse parfois jusqu'à la nostalgie. Mais son sens du rythme et sa puissance poétique, Lionel Bourg évoque avec justesse le « si peu » de toute existence, la distance silencieuse de l'habitude qui règne entre les êtres, entre le fils et sa mère, l'incapacité à dire ses émotions, le refus de se savoir si fragile… « Te regarder sans oser te prendre dans mes bras, partir et, sous la lampe, raturer cette lettre vaine, indécente, que jamais tu ne liras. » Alors que, l'écrivain le dit avec tant de tours et de détours, de mots et de sensations, l'enfance et ses douleurs sont toujours là. Toujours. « Je vais, une fois de plus, revenir sur mes pas », écrit Lionel Bourg dans sa première lettre, « Étroite est la route ». Oui, très étroite. Entre les bonheurs de copains arrachés à la dureté des temps, les éclairs de poésie (Rimbaud, Villon, Breton…) de musique (Dylan, Ferré, le blues…), les rêves de voyages et de courses cyclistes avec l'ange Charly Gaul, les engagements politiques et les lendemains qui ont salement déchanté, les épreuves furent nombreuses et de toutes natures. L'écrivain les évoque toujours avec talent. S'attardant sur quelques sourires d'enfants et quelques mots d'amour enfin lâchés, qui laissent entrevoir encore de belles ascensions.
Laurent Bonzon


30/03/10
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