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Victoria Horton, une élégance romaine
Par Frédérique Bréhault, Maine libre, 7 octobre 2009

Peu d'écrivains sarthois peuvent se flatter d'avoir inspiré une demi-page dans « Le Monde des Livres ». Victoria Horton est de ceux-là avec Grand Ménage. « Je suis un artisan besogneux », confie l'écrivain, esquissant le parcours long et sinueux de ce récit, travaillé, raboté, élagué, pendant quinze ans. Ce n'est pas un hasard si Victoria Horton évoque le travail de l'ébéniste pour décrire les mots qui s'ajustent en une marqueterie méticuleuse. Construit autour de fragments, Grand Ménage creuse la mémoire du narrateur d'un réseau complexe de souvenirs. Le livre frôle ainsi l'enfance d'une fille née au détour des années cinquante d'un père anglais et d'une mère élevée dans une famille de colons attachée à l'Algérie française.
Sur ce terreau contrasté, le récit sculpte des portraits en taille pas toujours douce. Les mots précis claquent pour dire l'éducation négligée des filles, le poids des conservatismes ou les déchirements des exils et des arrachements. Prise dans ces corsets, la narratrice s'étourdit jusqu'à l'excès auprès des auteurs latins fréquentés avec ferveur. Victoria Horton se défend d'accorder son histoire à un cynisme romain : « Au contraire. Ce livre est un monument dressé à Margaret, un élan de tendresse. »
Sous la férocité parfois attendrie, ce roman révèle la musique très personnelle d'un écrivain exigeant.
Frédérique Bréhault

20/10/09
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