Déchirant cri d'amour
Par Carmela di Martine, Vendémiaire n°23, février 2007

Fort, très fort. D'un réalisme bouleversant, à en être surréaliste. Le temps qui passe, qui forge. La mort qui plane, rôde sans cesse. Toute une vie, toute la vie. Où le sordide cherche désespérément la lumière. Où la souffrance berce les rêves les plus doux. Où le quotidien sombre s'évade à travers des noms magiques, dans l'imaginaire, vers la littérature, vers l'ailleurs (1). Avec cette force, cette énergie dans ce chaos de percevoir aveuglément la beauté. Existentiel. C'est le cri strident du révolté devant le néant. Déchirant cri d'amour aussi, seul véritable échange entre les êtres, seule richesse humaine. Le style en coups de poing nous assène, comme ceux que l'enfant reçoit face à cette existence (2). Tels des coups de pinceaux aux couleurs noires, obscures, froides, criardes, ou passées aussi, et parfois vives, claires, chaudes ou tendres, jetés ainsi ça et là sur une toile. La toile de la vie qui nous piège avec ses violences, ses peurs, ses pleurs (3). Mais qui sait réserver également à ceux qui savent s'en échapper, s'en donner le temps, ses moments de quiétude, de plénitude (4).
Et dans ce pays minier, de pauvreté, cette femme, cette mère passe à son fils le plus bel de cet héritage. Transmission des mots, transmission d'émotions. Toute sa violence, toute sa passion. Au seuil de la mort, l'amour seul ainsi engendré compte.
Véritable chant. Poème en prose.
Carmela di Martine
1) Ce devait être un sentiment plus qu'autre chose, une attente sans objet convenu ni raison mais, je le pressentais confusément à cet âge, il existait, ne pouvait qu'exister un monde par-delà l'étroitesse des ruelles et les ciels bourbeux amassés sur la ville. p.17
2) Un livre écrit à coups de poing, un autre dont la phrase love sur-elle même ou comme l'anaconda, les boas constrictors de la ménagerie Bouglione, digère sous la lampe de chevet son lecteur consentant. p. 61
3) ... prends Dosto, par exemple, c'est pas d'la guimauve, on sent que ça remue, qu'ça bouge dans les méninges, y'a d'la passion, du destin, d'la laideur et des gens qui traînent leurs vies comme des chiffons tout déchirés à leurs basques, ça saigne, ... p.63